Des forêts côtières d’Afrique centrale aux montagnes des Virunga, les gorilles occupent des habitats très différents. Comprendre leur répartition permet de mieux saisir pourquoi leur protection exige des réponses adaptées à chaque territoire.
Les gorilles vivent à l’état sauvage uniquement en Afrique équatoriale. Ils sont présents dans dix pays, mais leur aire de répartition n’est pas une vaste forêt continue : certaines populations sont séparées les unes des autres par de longues distances, des zones agricoles ou des espaces transformés par les activités humaines. Cette fragmentation rend les petits groupes particulièrement vulnérables.
Les scientifiques distinguent deux espèces et quatre sous-espèces. Le gorille de l’Ouest comprend le gorille des plaines de l’Ouest et le gorille de la rivière Cross. Le gorille de l’Est comprend le gorille de Grauer, également appelé gorille des plaines de l’Est, et le gorille de montagne. Trois de ces quatre sous-espèces sont classées « en danger critique d’extinction » ; le gorille de montagne est classé « en danger ». Ces catégories décrivent un risque de disparition, même lorsque certaines populations locales progressent.
Quatre gorilles, quatre aires de répartition
| Sous-espèce | Aire de répartition naturelle | Habitat caractéristique |
|---|---|---|
| Gorille des plaines de l’Ouest (Gorilla gorilla gorilla) | Angola, dans l’enclave de Cabinda ; Cameroun ; République centrafricaine ; Guinée équatoriale ; Gabon ; République du Congo | Forêts tropicales de basse altitude, forêts marécageuses et clairières forestières |
| Gorille de la rivière Cross (Gorilla gorilla diehli) | Zone frontalière entre le Nigeria et le Cameroun | Petits massifs de forêts vallonnées et montagneuses |
| Gorille de Grauer (Gorilla beringei graueri) | Est de la République démocratique du Congo (RDC) uniquement | Forêts de basse et moyenne altitude et forêts montagnardes |
| Gorille de montagne (Gorilla beringei beringei) | Massif des Virunga, partagé entre la RDC, le Rwanda et l’Ouganda ; forêt de Bwindi, en Ouganda | Forêts de montagne, forêts de bambous et végétation d’altitude |




La liste des pays du gorille des plaines de l’Ouest mérite une précision : la RDC ne figure pas dans son aire de répartition reconnue par le plan régional de l’UICN. Les gorilles présents à l’état sauvage en RDC appartiennent aux deux sous-espèces orientales, le gorille de Grauer et le gorille de montagne. Au total, les aires des quatre sous-espèces couvrent bien dix pays.
Les forêts des plaines de l’Ouest
Le gorille des plaines de l’Ouest possède l’aire de répartition la plus étendue. Il vit dans les forêts du bassin du Congo, notamment au Gabon, en République du Congo, au sud du Cameroun, dans le sud-ouest de la République centrafricaine et en Guinée équatoriale continentale. Sa présence concerne aussi les forêts du Mayombe, dans l’enclave angolaise de Cabinda. Une aire étendue ne signifie toutefois pas que tous ces gorilles peuvent circuler librement : routes, cultures et autres transformations du paysage peuvent isoler les groupes. On a déjà vus ces gorilles dans la forêt de Mayombe de la République Démocratique du Congo.
Ces gorilles utilisent plusieurs milieux au sein de la forêt. Ils fréquentent notamment les clairières marécageuses, parfois appelées baïs, où ils trouvent certaines plantes et des ressources minérales. Protéger un groupe exige donc de préserver aussi ses déplacements entre différents lieux d’alimentation.
La frontière du Nigeria et du Cameroun
Le gorille de la rivière Cross vit dans une région beaucoup plus restreinte. Ses groupes occupent plusieurs secteurs forestiers séparés dans les montagnes proches de la frontière nigériane et camerounaise. Les estimations couramment citées font état d’environ 200 à 300 individus. À cette échelle, la disparition d’un petit secteur de forêt peut couper une possibilité de déplacement entre groupes et aggraver leur isolement.
L’est de la RDC : le gorille de Grauer
Le gorille de Grauer est endémique de la RDC : on ne le trouve naturellement dans aucun autre pays. Son aire se situe dans l’est congolais et comprend notamment les paysages de Kahuzi-Biega, Maiko, Tayna et Itombwe. Il ne faut pas le confondre avec le gorille de montagne : les deux vivent dans l’est de la RDC, mais appartiennent à des sous-espèces distinctes et n’occupent pas exactement les mêmes territoires.
Les Virunga et Bwindi : le gorille de montagne
Le gorille de montagne vit dans deux ensembles géographiques. Le premier est le massif des Virunga, qui s’étend sur la RDC, le Rwanda et l’Ouganda. Le second est la forêt de Bwindi, en Ouganda. Parmi les aires protégées concernées figurent le parc national des Virunga en RDC, le parc national des Volcans au Rwanda, ainsi que les parcs nationaux de Mgahinga et de Bwindi en Ouganda.
Pourquoi le gorille joue-t-il un rôle dans la forêt ?
Le gorille se nourrit principalement de végétaux. Selon son habitat et les saisons, il consomme notamment feuilles, tiges et fruits. En se déplaçant et en rejetant les graines de certains fruits, il contribue à la dispersion des plantes forestières. Sa protection bénéficie ainsi à un milieu qui abrite de nombreuses autres espèces.
Les gorilles vivent en groupes sociaux. Les femelles n’élèvent qu’un petit nombre de jeunes au cours de leur vie, et ceux-ci restent longtemps dépendants des adultes. Une population décimée par la chasse ou une épidémie ne peut donc pas retrouver rapidement ses effectifs. C’est l’une des raisons pour lesquelles la prévention compte autant que l’intervention après une crise.
Comment l’être humain a-t-il commencé à les protéger ?
L’histoire de la conservation des gorilles comprend des avancées réelles, mais aussi des périodes de guerre, de braconnage et de destruction des forêts. Plusieurs types d’actions se sont progressivement renforcés.
La création d’aires protégées a permis de conserver des habitats essentiels. Dans l’ouest du bassin du Congo, le Trinational de la Sangha associe le parc national de Lobéké au Cameroun, le parc national de Nouabalé-Ndoki en République du Congo et le parc national de Dzanga-Ndoki en République centrafricaine. Cette coopération répond à une réalité écologique simple : les forêts et les animaux ne s’arrêtent pas aux frontières administratives.
La recherche et le suivi de terrain ont rendu les gorilles mieux connus. Les observations, les recensements et le suivi de leurs habitats aident à repérer les baisses d’effectifs et à décider où concentrer la protection. Les plans d’action élaborés avec les spécialistes de l’UICN donnent aussi un cadre de coopération pour les populations de l’Ouest, celles de la rivière Cross et celles de Grauer.
Les patrouilles contre le braconnage et les soins vétérinaires protègent directement les animaux. Les équipes retirent notamment des pièges, surveillent les zones sensibles et interviennent, lorsque c’est possible et justifié, auprès de gorilles blessés ou malades. Ces actions nécessitent des agents formés, équipés et capables de travailler en sécurité.
La coopération internationale s’est formalisée avec l’Accord sur la conservation des gorilles et de leurs habitats, entré en vigueur en 2008 sous l’égide de la Convention sur les espèces migratrices. Il concerne les dix États de l’aire de répartition des gorilles et vise à coordonner leur protection ainsi que celle de leurs habitats.
Enfin, le tourisme encadré et la participation des communautés riveraines ont pris une place croissante, particulièrement autour des gorilles de montagne. Leur population a augmenté grâce à des efforts de conservation soutenus, ce qui a conduit à son reclassement de « en danger critique » à « en danger » en 2018. C’est un résultat encourageant, qui dépend de la continuité de la protection et d’une gestion rigoureuse des contacts entre humains et gorilles.
Quels sont les risques actuels dans chacun des dix pays ?
Les menaces ci-dessous n’ont pas partout la même intensité. Elles concernent les habitats où vivent les gorilles dans chaque pays ; elles ne signifient pas que chaque population subit simultanément tous ces risques.
Angola : préserver les forêts de Cabinda
En Angola, l’enjeu concerne Cabinda, enclave séparée du reste du territoire angolais. Les gorilles y occupent le paysage forestier du Mayombe. La priorité est de conserver les forêts encore adaptées à leur présence, de limiter leur fragmentation et de mieux documenter les populations pour orienter les décisions de protection. Dans une aire située à la limite de la répartition du gorille des plaines de l’Ouest, la perte de connectivité avec les forêts voisines serait particulièrement préoccupante.
Cameroun : protéger deux sous-espèces
Le Cameroun abrite le gorille des plaines de l’Ouest et, près de la frontière nigériane, le gorille de la rivière Cross. Dans le sud forestier, l’ouverture de routes, l’exploitation du bois, l’expansion agricole et la chasse peuvent dégrader l’habitat ou faciliter l’accès aux zones auparavant isolées. Dans la région de la rivière Cross, le risque est encore plus aigu : des groupes peu nombreux vivent dans des fragments forestiers qu’il faut maintenir reliés. La protection de Lobéké et la coopération avec le Nigeria répondent à ces deux dimensions.
République centrafricaine : maintenir la protection de Dzanga-Sangha
Dans le sud-ouest du pays, les forêts de Dzanga-Sangha abritent des gorilles des plaines de l’Ouest. Le braconnage, la pression sur les ressources forestières et les difficultés de surveillance constituent des risques. L’insécurité peut aussi interrompre les patrouilles ou compliquer le travail des équipes et des communautés partenaires. La dimension transfrontalière du Trinational de la Sangha rend la coopération avec le Cameroun et la République du Congo particulièrement précieuse.
République du Congo : surveiller la chasse et les maladies
La République du Congo possède d’importantes forêts fréquentées par le gorille des plaines de l’Ouest, notamment dans le nord du pays. L’ouverture de voies d’accès en forêt peut faciliter la chasse ; les maladies représentent un autre danger majeur. Des flambées d’Ebola ont déjà provoqué de fortes mortalités parmi des populations de gorilles dans ce pays. Les aires protégées, dont Nouabalé-Ndoki, doivent donc s’accompagner de surveillance écologique et sanitaire, ainsi que d’une gestion attentive des activités autour des forêts.
Gabon : conserver de vastes habitats fonctionnels
Le Gabon constitue une part importante de l’aire du gorille des plaines de l’Ouest. Le risque ne se limite pas à la disparition totale d’une forêt : routes, exploitation forestière mal encadrée, chasse et projets agricoles peuvent réduire la qualité de l’habitat et faciliter l’accès aux gorilles. Les maladies, dont Ebola, imposent également une vigilance sanitaire. Préserver de grandes zones forestières reliées entre elles reste essentiel.
Guinée équatoriale : éviter l’isolement des forêts continentales
Les gorilles du pays vivent dans sa partie continentale, le Río Muni. La fragmentation des forêts, l’extension des activités humaines et la chasse figurent parmi les risques à maîtriser. Dans un territoire forestier relativement limité, maintenir des continuités entre habitats et contrôler l’accès aux zones sensibles sont des enjeux importants pour le gorille des plaines de l’Ouest.
Nigeria : sauvegarder les derniers groupes de la rivière Cross
Au Nigeria, les gorilles sauvages appartiennent à la sous-espèce de la rivière Cross. Ils subsistent dans plusieurs sites montagneux proches du Cameroun. La petite taille de la population rend particulièrement graves la chasse, la perte de forêt et la séparation entre groupes. La protection des sites existants doit aller de pair avec la conservation des passages forestiers entre eux et avec une coopération de part et d’autre de la frontière.
République démocratique du Congo : faire face à plusieurs crises à la fois
La RDC abrite le gorille de Grauer et le gorille de montagne. Dans les paysages du gorille de Grauer, l’exploitation minière artisanale, la coupe de bois, la chasse et la fragmentation des habitats se conjuguent aux conséquences de l’insécurité. À Kahuzi-Biega, l’UNESCO signalait en 2026 des activités illégales et des difficultés graves pour la protection du parc.
Dans les Virunga, les conflits armés peuvent empêcher l’accès des équipes de conservation à certaines zones. Le braconnage, la déforestation pour le bois de chauffe et la production illégale de charbon de bois ajoutent une pression sur l’habitat du gorille de montagne. Protéger les gorilles suppose ici également de soutenir des conditions de travail sûres pour les gardes et des solutions viables pour les populations riveraines.
Rwanda : concilier protection et fréquentation humaine
Au Rwanda, les gorilles de montagne vivent dans le parc national des Volcans. La pression autour de l’habitat et le risque de transmission de maladies humaines exigent une gestion stricte des visites et des déplacements dans le parc. Le tourisme peut contribuer à financer la conservation et à créer des bénéfices locaux, à condition de respecter les règles sanitaires et de soutenir les communautés voisines.
Ouganda : préserver Bwindi et Mgahinga
L’Ouganda protège des gorilles de montagne dans les parcs nationaux de Bwindi et de Mgahinga. À Bwindi, des gorilles peuvent être blessés par des collets posés pour capturer d’autres animaux. Les maladies transmissibles depuis les humains représentent aussi un risque, tout comme la pression exercée sur les limites de leur habitat. La surveillance des pièges, les précautions sanitaires et le travail avec les habitants sont donc complémentaires.
Protéger les gorilles, c’est aussi protéger les personnes et les forêts
Aucune mesure isolée ne suffira. Les gorilles ont besoin de forêts assez vastes et reliées entre elles, de patrouilles capables d’agir, d’un suivi des maladies et de décisions économiques qui évitent de détruire leurs habitats. La conservation doit aussi tenir compte des droits, des besoins et des connaissances des communautés qui vivent près de ces forêts.
L’histoire du gorille de montagne montre qu’une action suivie pendant des décennies peut produire des résultats. Celle du gorille de la rivière Cross rappelle, à l’inverse, combien une population réduite peut rester fragile. Pour les gorilles de Grauer et ceux des plaines de l’Ouest, l’avenir dépendra notamment de la capacité à protéger les grands paysages forestiers face à la chasse, aux maladies, à l’exploitation non maîtrisée et, dans l’est de la RDC, à l’insécurité.
Préserver les gorilles, c’est préserver une part irremplaçable des forêts africaines et donner aux générations futures la possibilité de les connaître encore à l’état sauvage.
Article préparé par PROFFAC — septembre 2026. Les effectifs et l’état des populations varient selon les dates et les méthodes de recensement ; ils doivent être actualisés lorsque de nouvelles évaluations scientifiques sont publiées.
Sources : igcp.org, whc.unesco.org, WCS Nigeria, Section on Great Apes, gorillassp.org, WWF, Gorilla Agreement, UNESCO World Heritage Centre, Ecology




