vendredi 6 octobre 2017

La biodiversité de la province de Sankuru : un patrimoine sans protection et donc en péril

Par Ir. Héritier MPO DIAMBA et Jerome ISAKO MULOBA
Membres de Congo Connexion Sankuru

La protection de la biodiversité en République Démocratique du Congo (RD Congo) demeure encore fragile malgré l’existence dans quelques régions de différentes structures de prise en charge. Les relations qui existent entre les aires protégées et les populations environnantes sont difficiles et ceci donne naissance à des conflits.
Actuellement, on constate dans la Province du Sankuru la destruction des forêts à grande échelle à cause du manque d’éducation et de structures adéquates d’encadrement des populations locales dans l’utilisation rationnelle des ressources biologiques. La marginalisation socio-économique des populations locales conduit directement ou indirectement à des graves dommages environnementaux, économiques et sociaux. Pendant que le monde entier prend conscience de la protection des écosystèmes forestiers pour lutter contre le réchauffement climatique, la Province du Sankuru semble les négliger alors qu’elle est parmi les grandes régions à vocation forestière au niveau national.
Lors de nos recherches scientifiques dans la Province du Sankuru en 2014, nous avons remarqué la rareté des études et publications scientifiques sur la biodiversité de la Province. Face à cette réalité, il est important de s’investir dans le domaine de la conservation en vu d’apporter une nouvelle phase d’investissement des différents partenaires dans ce terrain vierge et sans aucun organisme sur terrain oeuvrant dans le domaine de conservation.

En tant qu’originaire du Sankuru et membre de Congo connexion, notre désir ardent est d’aider l’Etat Congolais dans la gestion durable des forêts sur toute l’étendue du territoire national et plus particulièrement dans la province du Sankuru. C’est l’occasion de s’impliquer dans la vision de la COP21 pour valoriser l’espace écologique de cette Province, de contribuer dans la réalisation de mode de gestion de la biodiversité et créer un réseau de conservateur de l’environnement avec la participation de la population locale de ladite Province. Ainsi, nous faisons valoir au monde scientifique un terrain complètement vierge pour les recherches et les affaires ; ce qui contribuera à son développement.
La Province du Sankuru représente un des réseaux hydrographique le plus important du pays qui alimente le bassin du Fleuve Congo. C’est à ce niveau que plusieurs rivières prennent leur source.
Il s’agit notamment des rivières:
  • Sankuru ;
  • Lokenyie ;
  • Lomami ;
  • Lomela ;
  • Tshwapa ;
  • Lubefu
En dehors de ces principaux cours d’eaux on y trouve également plusieurs rivières de taille moyenne, des ruisseaux et des rigoles : la rivière Ndjale, Lubilanji, Lowale, Lofuté etc. qui sont leurs affluents ou sous affluents.

Vu l’importance que regorge la Biodiversité dans la Province du Sankuru et la position géographique qu’elle occupe au niveau national, la Province du Sankuru abrite un riche assortiment de la biodiversité de la RD. Congo voire d’Afrique Centrale, notamment le Bonobo (Pan paniscus), les éléphants des forêts (Loxodonta africana cyclotis), les Okapis (Okapia johnston), les perroquets, (Psittacus sp.), Paon congolais (Afropavo congensis) et plusieurs espèces d’antilopes (Sitatunga sp).
Voisin de deux Parc Nationaux (Salonga et Lomami), Il existe une Aire protégée au sein de la Province du Sankuru qui a la superficie de 30570 km2, Réserve Nature du Sankuru, mais qui n’est pas opérationnelle depuis sa création en 2007. Les limites de la Reserve n’ont jamais été matérialisées et sont sources permanentes de mésententes et de tensions avec les populations locales qui se disent ne pas être consultées ni impliquées lors de sa création.
Pour leur survie, elles ont développées les stratégies pour s’opposer aux mesures de l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature impliqué dans la création de la Réserve étant donné qu’elles ont tissées des liens durables avec les ressources forestières bien avant la création. Ainsi ; elles réclament la mise en oeuvre des activités alternatives pour qu’elles se détournent de la Forêt.

B. Profil socio-économique de la population

Dans cette partie, il sera question de déterminer les différentes activités permettant à la population locale d’atteindre ses objectifs de volets socio-économiques exercés dans la Provinces du Sankuru.
Selon nos enquêtes réalisées en 2015, pour 5 villages des 6 territoires de la Province du Sankuru, la population exerce des activités agricoles, la chasse, la pêche, l’élevage, l’exploitation minière, l’exploitation artisanale du Bois et la collectes des Produits Forestiers Non Ligneux (PFNL) d’origine végétale et animale.

C. Conflits liés à la Forêt.

Les conflits liés aux ressources forestières ont toujours existé dans la Province du Sankuru ; ils existeront toujours. Le problème n’est donc pas de vouloir faire disparaitre ses conflits car, ils seront toujours là mais, ce qu’il faut entreprendre, c’est de développer des approches de gestion des conflits qui poussent à aider et à chercher les solutions concertées, durables et paisibles. Lors de notre observation sur terrain, nous avons identifiés les conflits liés à la forêt au sein de la Réserve Naturelle du Sankuru.
En ce qui concerne les efforts et résolution des conflits, d’après notre constat, aucun mécanisme de gestion, ni de résolution des conflits n’a jamais été présenté à la population vivant dans la Réserve ou à côté de celle-ci. Cela va à l’encontre de la pensée de BORRINI (2000) qui signale que, la gestion et résolution des conflits est un processus non violent favorisant le dialogue et la négociation qui consistera à régler les désaccords avant qu'ils ne dégénèrent en manifestation d'hostilité, aider les parties prenantes à examiner les multiples options d'accord et identifier les causes profondes de conflits.
Selon Mpo 2014, s’agissant des causes des conflits, les avis communs soulevés par les populations riveraines résultent de l’absence de leur consultation lors de la création et la gestion de la Réserve Naturelle du Sankuru et le manque de sensibilisation permanente. Les villages Ambole, Owandja et la Chefferie Arabisée constituent le foyer des conflits. Cela a incité une campagne diffamatoire jusqu’à engendrer un slogan « WAMBO SONDJA EKOND’ASO » qui se traduit par « ILS ONT VENDU NOS FORETS ». Ces rumeurs ont été, malheureusement appuyées par certains politiciens lors de leurs contacts avec leurs populations de base.
Une autre source des conflits qui n’a pas été analysée mais qui vaut la peine d’être mentionnée c’est la dualité. En effet, le projet Tshwapa Lomami et Lwalaba ( TL2) du Parc de Lomamie, dans sa vision de prospection forestière effectuée dans la partie Nord-Est de la Province du Sankuru depuis 2006 (Figure ci-dessous) prévoit déjà l’élargissement de son aire protégée et propose des nouvelles limites en annexant une partie de la Réserve Naturelle du Sankuru étant une zone tampon pour atteindre ses objectifs. De fois, les populations du village de Katopa, Bamanga, Polepole, Lotakala et certains village de la Chefferie de Djonga sont empêchées de faire la chasse par des éco gardes de ce Parc. Et ceci se justifie par la présence de conflits entre les éco gardes et la population locale.
La cartographie, en cercle blanche, représente la Réserve Naturelle du Sankuru tandis qu’en jaune englobe la vision de l’ensemble de la superficie du Parc de Lomami y compris l’annexion de la partie Nord-Est de la Réserve comme ses nouvelles limites en termes de Zone tampon.

D. Analyse AFOM

Dans cette analyse, nous présentons les atouts, les faiblesses, les opportunités et les menaces à la mise en oeuvre d’une gestion rationnelle de la biodiversité dans la Province su Sankuru.

AtoûtsFaiblesses
  • L’expertise de Congo connexion;
  • L’accompagnement du Ministère de l’Environnement et de l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature;
  • La possibilité d’impliquer un grand nombre des communautés locales dans la gestion ;
  • Le matériel divers disponible pour le fonctionnement ;
  • La main d’oeuvre disponible et motivée ;
  • Importance écologique du site
  • L’endémisme des Okapis, des Bonobos et leurs statuts Union Internationale pour la Conservation de la Nature et CITES ;
  • Un concept nouveau qui attire l’attention de tout le monde ;
  • La zone est proche de plusieurs voies de sortie.
  • Les aspects transversaux (démographiques et genre) sont peu pris en compte ;
  • L’absence de phase de suivi et d’accompagnement des activités ;
  • L’absence d’un système de sécurité sanitaire pour les pisteurs et de suivi vétérinaire pour les espèces phares
  • La désertion des cadres de la Bonobo Conservation Initiative;
  • L’absence des responsables de l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature;
  • La faible capitalisation des atouts et potentialités de la zone d’intervention ;
  • Règne de conflits dans le milieu ;
  • Manque d’infrastructures de bases (routes, sources d’eau potable, hôpitaux etc.) ;
  • L’absence d’une politique de suivi des travaux réalisés par les gestionnaires;
  • La corruption.
OpportunitésMenaces
  • Les appuis techniques et financiers des bailleurs ;
  • L’existence d’une mosaïque paysagère diversifiée et d’une biodiversité remarquable ;
  • La stratégie de conservation des Bonobos;
  • L’endémisme du Bonobos et d’Okapis et leurs statuts UICN et CITES ;
  • L’amélioration du bien-être de la population riveraine ;
  • L’implication des ONG de développement ;
  • Paiement de services environnementaux au trésor public ;
  • Plusieurs sites touristiques ;
  • Exploitation et vente de Produit Forestier Non Ligneux ;
  • Régulation de climat.
  • L’accès difficile au site ;
  • L’absence de plan d’affectation des terres ;
  • Les menaces sur les habitats des Bonobos et des Okapi (Faible l’application des lois, l’exploitation forestière « illégale », pratiques agricoles, les feux de brousse etc.) ;
  • Les conditions socio-économiques des communautés locales ;
  • La forte dépendance des communautés locales aux ressources naturelles ;
  • Pression démographique ;
  • Les mouvements de partis politiques qui utilisent le Machiavélisme ;
  • Le faible niveau de coordination entre acteurs et/ou bénéficiaires ;
  • Les conflits tribaux ;
  • L’amenuisement de la confiance des communautés à l’ONG Bonobo Conservation Initiative, Action Communautaire pour la
  • protection des Primates du Kasaï. et à l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature; ;
  • Le manque des accords avec les partenaires locaux.

CONCLUSION

A la lumière de tout ce qui précède, nous disons que la Province du Sankuru dispose d’un capital forestier important qui abrite un assortiment extrêmement varié des arbres, animaux et des bassins hydrographiques.
En tant que jeunes, nous sommes disponibles et animés par la volonté et le courage d’accueillir et d’être accompagnés par des partenaires soucieux de relever le défit d’un développement holistique au devant de nous.
Nous mènerons ainsi des enquêtes sur les activités socio-économiques et écologiques sur l’ensemble des populations vivants à proximité de deux Parcs nationaux et la dite Réserve dans le but de proposer la mise en oeuvre du schéma d’activités alternatives pour promouvoir ensemble le développement local et la gestion participative durable des ressources naturelles qui nous entourent via la sensibilisation.

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