dimanche 22 octobre 2017

Les organisations non gouvernementales dénoncent la spoliation des terres sur le parc des Virunga

Comme l'a souligné le journal congolais POLITICO.CD, les grandes surfaces de terres sont spoliées par des particuliers sur le parc National des Virunga en République Démocratique du Congo. Ce site de 790.000 ha pourtant classé au patrimoine de l'UNESCO depuis 1979, est l'objet de plusieurs convoitises.
Il faut dire qu'avec ce mosaïque de plusieurs paysages aussi spectaculaires les uns que les autres et des milliers d'espèces qu'ils hébergent ainsi que les sous-sol plein de ressources, Virunga attire les touristes, mais aussi les braconniers, les groupes armés, voire même des exploitants illégaux des minerais aussi rare que le coltan ou l'or.

Le site attire également les compagnies pétrolières depuis qu'il a été démontré la présence d'une quantité non négligeable de pétrole sans son sous-sol. Ce fut notamment le cas des entreprises TOTAL et SOCO qui ont obtenu des concessions plus ou moins légalement pour faire des prospections. Les organisations de défense de l'environnement ont combattu cet état de fait. Si TOTAL s'est retiré immédiatement de l'aire protégée, la seconde société à dû battre en retraire à la suite des pressions exercées au niveau mondial. Cette menace pèse toujours sur le parc, puisqu'il a été annoncé d'autres projets de prospections pétrolières en septembre 2017. 

Il ne fallait pas moins que les autochtones s'y mettent également. C'est le cas de certaines organisations paysannes qui manipulent les communautés rurales pour distribuer des terres de cette aire protégée, au grand dam de l'ICCN, gestionnaire du site.


Article complet à lire sur  politico.cd

Carte du Parc National des Virunga     © ICCN





samedi 7 octobre 2017

Interview de Mme Josefa Leonel CORREIA SACKO , Commissaire de l’Economie Rurale et Agriculture à la Commission de l’Union Africaine


 Par Seouba Traoré (RFI) et Raoul SIEMENI (Afrique Environnement Plus)


Afrique  Environnement Plus (AEP)  a saisi l’occasion de la tenue de la conférence des ministres d’Afrique centrale sur l’éco-sécurité pour échanger avec S.E Josefa Leonel CORREIA SACKO , Commissaire de l’Economie Rurale et Agriculture à la Commission de l’Union Africaine sur le regard et l’intérêt que porte de l’UA sur les grandes questions inhérentes à la conservation et à l’Agriculture .

AEP: Quelle est la politique  de l’Union Africaine dans la conservation de la nature?
 S.E Josefa Leonel CORREIA : Merci de m’avoir invitée pour parler de cette importante thématique pour l’Afrique surtout l’Afrique centrale car nous avons le bassin du Congo qui est le deuxième bassin au monde. Donc il est important qu’on conserve ce bassin et son écosystème. Au niveau de l’UA, nous avons notre agenda 2063 dont l’aspiration première est la préservation de la nature pour un développement durable. Pour cela, nous avons déjà mis en place une stratégie continentale pour la conservation de la nature. Nous avons eu la réunion de Brazzaville en 2015 où les Chefs d’Etats ont décidé que nous devons passer à la phase de mise en œuvre de la décision de la conservation de la nature.
L’UA émet-elle des résolutions qui doivent être appliquées à l’intérieur des frontières de chaque Etat ?
Au niveau de mon département, 70% des résolutions, des décisions et déclarations des Chefs d’Etats sont mises en place. Nous avons par exemple notre programme phare qui est le programme CADEP qui émane de CADEP et de la déclaration de Malabo. Ce programme est prêt pour sa mise en œuvre. Certes, il est vrai que parfois la question de la mise en œuvre est causée par le problème de mobilisation des ressources, mais je pense qu’on est en train de sensibiliser nos Chefs d’Etats au niveau du continent pour s’approprier de notre décision. Parce que, les instruments sont mis en place mais le problème réside au niveau du manque de financement.
Peut-ont dire que le problème réside au niveau de la mobilisation des finances et des ressources humaines?
Je dirai que lorsqu’on parle de la mobilisation des ressources humaines, nous pouvons dire que l’Afrique a un potentiel humain et des compétences. Mais, il suffit seulement de bien sélectionner les cadres à mettre en place pour les instruments que nous avons. Cependant, le véritable problème c’est le financement, il faut que l’Afrique s’approprie ses propres programmes et c’est à partir de là que nous aurons cet agenda de l’Afrique que nous voulons parce que c’est nous-mêmes qui avons élaboré notre agenda.
Pour parvenir à cet « Agenda 2063, l’Afrique que nous voulons », que peut être le rôle des populations locales ?
Lorsqu’on regarde les sept piliers de l’Agenda 2063, il y a l’inclusion car nous voulons un développement inclusif. Donc, nous travaillons aussi avec la société civile et le secteur privé et nous sommes en train de mettre en place des politiques pour pouvoir impliquer directement le secteur privé et la société civile dans les efforts de cet agenda que nous voulons d’ici 50 ans.
Ne pensez-vous pas qu’il y a urgence dans la mesure où les ressources diminuent et la population augmente et l’on sait que la majeure partie des populations africaines vivent en milieu rural et dépendent fortement des ressources naturelles ?
C’est vrai que les enjeux sont de tailles car nous avons une croissance démographique exceptionnelle par rapport à d’autres parties de la planète. Mais nous travaillons dessus car quand on essaie d’améliorer une composante de notre agenda, on se heurte avec une autre. Aujourd’hui, nous avons le problème de la famine dans la corne de l’Afrique qui est un défi dû à la sécheresse. Au même moment, nous avons l’invasion des chenilles légionnaires qui constitue un autre problème. Mais ensemble, nous voulons travailler pour l’harmonisation de nos politiques au niveau continental, régional et national afin de dépasser ces défis. Et je pense qu’avec la décision du continent africain de travailler ensemble et de parler d’une seule voix, nous allons atteindre nos objectifs.
J’entends par harmonisation,  des défis auxquels un seul Etat ne peut pas faire face, il faut mettre les moyens en commun et réfléchir ensemble. Qu’en pensez-vous ?
Voilà le sens de l’UA et des communautés économiques régionales et les Etats membres. Nous devons travailler ensemble pour harmoniser les politiques. Les idées sont de tailles, mais nous avons un « hotmap » qui peut nous guider à travailler ensemble et chercher des solutions et partager les expériences. Par exemple, pendant que l’Afrique centrale subit les problèmes de braconnage, l’Afrique de l’est est plus avancée comme le Kenya, l’Afrique du Sud et ces plateformes sont importantes pour l’échange d’expériences et apprendre de bonnes leçons et exemples qui sont dans notre continent.
Photo de Mme  Josefa Leonel CORREIA SACKO

S.E Josefa Leonel CORREIA SACKO , Commissaire de l’Economie Rurale et Agriculture à la Commission de l’Union Africaine

Est-ce cela qui explique la rencontre de N’Djaména ?
L’UA est là pour chapoter toutes ces initiatives car ce sont des décisions de nos Chefs d’Etats ; et la réunion ministérielle à laquelle nous prenons part à N’Djamena, c’est pour la mise en place de la décision des Chefs d’Etats au niveau de la CEEAC. Nous avons eu les décisions à Brazzaville en 2015 et aujourd’hui la CEEAC avance avec la mise en œuvre de ces décisions. C’est pour dire que nous suivons normalement la mise en œuvre de toutes ces décisions.
Si nous comprenons bien, il y a d’abord eu une hiérarchie du haut niveau à Brazzaville constituée des Chefs d’Etats, ensuite les ministres ici à N’Djamena pour harmoniser et au final il y aura un document final au niveau départemental de chaque Etat où il y aura la mise en œuvre ?
C’est d’une façon coordonnée que l’on prend en charge les décisions de nos Chefs d’Etats. On commence  au niveau continental, ensuite au niveau sous régional(CEEAC), enfin national. Tel est, normalement, le schéma que nous suivons pour la mise en œuvre des décisions de nos Chefs d’Etats.
La vision de l’UA est de consolider le climat et l’agriculture avec les impacts sur les questions d’adaptation. Comment appréhende-t-on ces questions au niveau de l’UA ?
L’UA a participé activement dans la mise en place de l’accord de Paris qui prévoit l’adaptation et l’atténuation. Donc, nous travaillons avec l’organisation des Nations Unies pour l’environnement pour la mise en œuvre de toutes ces décisions ; car nous voulons faire une agriculture durable qui respecte l’environnement pour assurer un meilleur futur pour les générations à venir.
Parlant des générations futures, comment peut-on ramener les agriculteurs à la terre au constat de tous ces phénomènes d’insécurité et qui génèrent l’exode rural et autres ?
Je regarderai la question dans un autre sens, car si nous attaquons bien le problème à la base, nous n’aurons pas toutes ces conséquences, d’où il faut voir le problème dès l’origine. L’agriculture est l’un des secteurs pourvoyeurs d’emplois et si nos Etats essaient de bien organiser ce secteur, nous n’aurons pas de problème d’exode rural voir d’immigration. Aujourd’hui, nous devons faire beaucoup de la sensibilisation au niveau de la jeunesse car elle est forte et cette année à l’UA le thème est « Investir à la jeunesse pour les dividendes démographiques ». C’est cette jeunesse que nous avons le droit en tant que décideurs de créer et donner les opportunités d’emplois mais avec une agriculture moderne. Vous savez que la jeunesse d’aujourd’hui est exposée à la nouvelle technologie innovante.
Au niveau de l’UA, Avec le programme de CADEP, nous allons essayer de voir ce qui intéresse la jeunesse. Nous avons un pilier qui est « l’agribusiness » et nous voulons vraiment moderniser l’agriculture comme le souhaitent les Chefs d’Etats afin qu’elle soit rentable à notre génération. Avec nos Etats, nous faisons des efforts pour promouvoir des politiques « agribusiness » profitables à la nouvelle génération. Et je pense que si l’on se penche dans le secteur agricole avec des politiques et moyens adéquats nous aurons moins de victimes en méditerranée et moins de pauvreté.
Pour conclure, l’Afrique pourrait-elle se nourrir de ses propres produits issus de son sol venant dans les années à venir, contrairement à ce que nous constatons aujourd’hui avec des produits importés en Afrique ?

Je pense qu’il y a 50% des pays africains qui n’importent plus de nourritures de nos jours. Par exemple l’Ethiopie où se trouve le siège de l’UA, il n’y a pas d’importations car l’agriculture marche et il y a une population de près de 100 millions d’habitants. Nous voulons résoudre les problèmes de conflits mais la base est énorme car nous avons des conflits politiques, sociaux, ethniques, etc. Bref, nous voulons la paix car avec elle nous permet d’avoir les moyens de notre développement. Je reviens sur les problèmes de famine au niveau de la corne de l’Afrique où le Soudan du Sud, la Somalie et l’Ethiopie sont atteints par Nino et la sécheresse, mais l’Ethiopie est le seul pays qui arrive à porter secours dans ses zones affectées par la sècheresse grâce à la paix. Donc, nous plaidons pour la paix et nous avons même créé un « Taxforce » avec la FAO pour le secteur responsable de la sécurité alimentaire. Et nous voulons créer avec la FAO, le Programme de l’alimentation mondiale et l’IFAD, une initiative pour régler les  problèmes de la sécurité alimentaire, l’environnement, la sécheresse et les conflits.

vendredi 6 octobre 2017

La biodiversité de la province de Sankuru : un patrimoine sans protection et donc en péril

Par Ir. Héritier MPO DIAMBA et Jerome ISAKO MULOBA
Membres de Congo Connexion Sankuru

La protection de la biodiversité en République Démocratique du Congo (RD Congo) demeure encore fragile malgré l’existence dans quelques régions de différentes structures de prise en charge. Les relations qui existent entre les aires protégées et les populations environnantes sont difficiles et ceci donne naissance à des conflits.
Actuellement, on constate dans la Province du Sankuru la destruction des forêts à grande échelle à cause du manque d’éducation et de structures adéquates d’encadrement des populations locales dans l’utilisation rationnelle des ressources biologiques. La marginalisation socio-économique des populations locales conduit directement ou indirectement à des graves dommages environnementaux, économiques et sociaux. Pendant que le monde entier prend conscience de la protection des écosystèmes forestiers pour lutter contre le réchauffement climatique, la Province du Sankuru semble les négliger alors qu’elle est parmi les grandes régions à vocation forestière au niveau national.
Lors de nos recherches scientifiques dans la Province du Sankuru en 2014, nous avons remarqué la rareté des études et publications scientifiques sur la biodiversité de la Province. Face à cette réalité, il est important de s’investir dans le domaine de la conservation en vu d’apporter une nouvelle phase d’investissement des différents partenaires dans ce terrain vierge et sans aucun organisme sur terrain oeuvrant dans le domaine de conservation.

En tant qu’originaire du Sankuru et membre de Congo connexion, notre désir ardent est d’aider l’Etat Congolais dans la gestion durable des forêts sur toute l’étendue du territoire national et plus particulièrement dans la province du Sankuru. C’est l’occasion de s’impliquer dans la vision de la COP21 pour valoriser l’espace écologique de cette Province, de contribuer dans la réalisation de mode de gestion de la biodiversité et créer un réseau de conservateur de l’environnement avec la participation de la population locale de ladite Province. Ainsi, nous faisons valoir au monde scientifique un terrain complètement vierge pour les recherches et les affaires ; ce qui contribuera à son développement.
La Province du Sankuru représente un des réseaux hydrographique le plus important du pays qui alimente le bassin du Fleuve Congo. C’est à ce niveau que plusieurs rivières prennent leur source.
Il s’agit notamment des rivières:
  • Sankuru ;
  • Lokenyie ;
  • Lomami ;
  • Lomela ;
  • Tshwapa ;
  • Lubefu
En dehors de ces principaux cours d’eaux on y trouve également plusieurs rivières de taille moyenne, des ruisseaux et des rigoles : la rivière Ndjale, Lubilanji, Lowale, Lofuté etc. qui sont leurs affluents ou sous affluents.

Vu l’importance que regorge la Biodiversité dans la Province du Sankuru et la position géographique qu’elle occupe au niveau national, la Province du Sankuru abrite un riche assortiment de la biodiversité de la RD. Congo voire d’Afrique Centrale, notamment le Bonobo (Pan paniscus), les éléphants des forêts (Loxodonta africana cyclotis), les Okapis (Okapia johnston), les perroquets, (Psittacus sp.), Paon congolais (Afropavo congensis) et plusieurs espèces d’antilopes (Sitatunga sp).
Voisin de deux Parc Nationaux (Salonga et Lomami), Il existe une Aire protégée au sein de la Province du Sankuru qui a la superficie de 30570 km2, Réserve Nature du Sankuru, mais qui n’est pas opérationnelle depuis sa création en 2007. Les limites de la Reserve n’ont jamais été matérialisées et sont sources permanentes de mésententes et de tensions avec les populations locales qui se disent ne pas être consultées ni impliquées lors de sa création.
Pour leur survie, elles ont développées les stratégies pour s’opposer aux mesures de l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature impliqué dans la création de la Réserve étant donné qu’elles ont tissées des liens durables avec les ressources forestières bien avant la création. Ainsi ; elles réclament la mise en oeuvre des activités alternatives pour qu’elles se détournent de la Forêt.

B. Profil socio-économique de la population

Dans cette partie, il sera question de déterminer les différentes activités permettant à la population locale d’atteindre ses objectifs de volets socio-économiques exercés dans la Provinces du Sankuru.
Selon nos enquêtes réalisées en 2015, pour 5 villages des 6 territoires de la Province du Sankuru, la population exerce des activités agricoles, la chasse, la pêche, l’élevage, l’exploitation minière, l’exploitation artisanale du Bois et la collectes des Produits Forestiers Non Ligneux (PFNL) d’origine végétale et animale.

C. Conflits liés à la Forêt.

Les conflits liés aux ressources forestières ont toujours existé dans la Province du Sankuru ; ils existeront toujours. Le problème n’est donc pas de vouloir faire disparaitre ses conflits car, ils seront toujours là mais, ce qu’il faut entreprendre, c’est de développer des approches de gestion des conflits qui poussent à aider et à chercher les solutions concertées, durables et paisibles. Lors de notre observation sur terrain, nous avons identifiés les conflits liés à la forêt au sein de la Réserve Naturelle du Sankuru.
En ce qui concerne les efforts et résolution des conflits, d’après notre constat, aucun mécanisme de gestion, ni de résolution des conflits n’a jamais été présenté à la population vivant dans la Réserve ou à côté de celle-ci. Cela va à l’encontre de la pensée de BORRINI (2000) qui signale que, la gestion et résolution des conflits est un processus non violent favorisant le dialogue et la négociation qui consistera à régler les désaccords avant qu'ils ne dégénèrent en manifestation d'hostilité, aider les parties prenantes à examiner les multiples options d'accord et identifier les causes profondes de conflits.
Selon Mpo 2014, s’agissant des causes des conflits, les avis communs soulevés par les populations riveraines résultent de l’absence de leur consultation lors de la création et la gestion de la Réserve Naturelle du Sankuru et le manque de sensibilisation permanente. Les villages Ambole, Owandja et la Chefferie Arabisée constituent le foyer des conflits. Cela a incité une campagne diffamatoire jusqu’à engendrer un slogan « WAMBO SONDJA EKOND’ASO » qui se traduit par « ILS ONT VENDU NOS FORETS ». Ces rumeurs ont été, malheureusement appuyées par certains politiciens lors de leurs contacts avec leurs populations de base.
Une autre source des conflits qui n’a pas été analysée mais qui vaut la peine d’être mentionnée c’est la dualité. En effet, le projet Tshwapa Lomami et Lwalaba ( TL2) du Parc de Lomamie, dans sa vision de prospection forestière effectuée dans la partie Nord-Est de la Province du Sankuru depuis 2006 (Figure ci-dessous) prévoit déjà l’élargissement de son aire protégée et propose des nouvelles limites en annexant une partie de la Réserve Naturelle du Sankuru étant une zone tampon pour atteindre ses objectifs. De fois, les populations du village de Katopa, Bamanga, Polepole, Lotakala et certains village de la Chefferie de Djonga sont empêchées de faire la chasse par des éco gardes de ce Parc. Et ceci se justifie par la présence de conflits entre les éco gardes et la population locale.
La cartographie, en cercle blanche, représente la Réserve Naturelle du Sankuru tandis qu’en jaune englobe la vision de l’ensemble de la superficie du Parc de Lomami y compris l’annexion de la partie Nord-Est de la Réserve comme ses nouvelles limites en termes de Zone tampon.

D. Analyse AFOM

Dans cette analyse, nous présentons les atouts, les faiblesses, les opportunités et les menaces à la mise en oeuvre d’une gestion rationnelle de la biodiversité dans la Province su Sankuru.

AtoûtsFaiblesses
  • L’expertise de Congo connexion;
  • L’accompagnement du Ministère de l’Environnement et de l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature;
  • La possibilité d’impliquer un grand nombre des communautés locales dans la gestion ;
  • Le matériel divers disponible pour le fonctionnement ;
  • La main d’oeuvre disponible et motivée ;
  • Importance écologique du site
  • L’endémisme des Okapis, des Bonobos et leurs statuts Union Internationale pour la Conservation de la Nature et CITES ;
  • Un concept nouveau qui attire l’attention de tout le monde ;
  • La zone est proche de plusieurs voies de sortie.
  • Les aspects transversaux (démographiques et genre) sont peu pris en compte ;
  • L’absence de phase de suivi et d’accompagnement des activités ;
  • L’absence d’un système de sécurité sanitaire pour les pisteurs et de suivi vétérinaire pour les espèces phares
  • La désertion des cadres de la Bonobo Conservation Initiative;
  • L’absence des responsables de l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature;
  • La faible capitalisation des atouts et potentialités de la zone d’intervention ;
  • Règne de conflits dans le milieu ;
  • Manque d’infrastructures de bases (routes, sources d’eau potable, hôpitaux etc.) ;
  • L’absence d’une politique de suivi des travaux réalisés par les gestionnaires;
  • La corruption.
OpportunitésMenaces
  • Les appuis techniques et financiers des bailleurs ;
  • L’existence d’une mosaïque paysagère diversifiée et d’une biodiversité remarquable ;
  • La stratégie de conservation des Bonobos;
  • L’endémisme du Bonobos et d’Okapis et leurs statuts UICN et CITES ;
  • L’amélioration du bien-être de la population riveraine ;
  • L’implication des ONG de développement ;
  • Paiement de services environnementaux au trésor public ;
  • Plusieurs sites touristiques ;
  • Exploitation et vente de Produit Forestier Non Ligneux ;
  • Régulation de climat.
  • L’accès difficile au site ;
  • L’absence de plan d’affectation des terres ;
  • Les menaces sur les habitats des Bonobos et des Okapi (Faible l’application des lois, l’exploitation forestière « illégale », pratiques agricoles, les feux de brousse etc.) ;
  • Les conditions socio-économiques des communautés locales ;
  • La forte dépendance des communautés locales aux ressources naturelles ;
  • Pression démographique ;
  • Les mouvements de partis politiques qui utilisent le Machiavélisme ;
  • Le faible niveau de coordination entre acteurs et/ou bénéficiaires ;
  • Les conflits tribaux ;
  • L’amenuisement de la confiance des communautés à l’ONG Bonobo Conservation Initiative, Action Communautaire pour la
  • protection des Primates du Kasaï. et à l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature; ;
  • Le manque des accords avec les partenaires locaux.

CONCLUSION

A la lumière de tout ce qui précède, nous disons que la Province du Sankuru dispose d’un capital forestier important qui abrite un assortiment extrêmement varié des arbres, animaux et des bassins hydrographiques.
En tant que jeunes, nous sommes disponibles et animés par la volonté et le courage d’accueillir et d’être accompagnés par des partenaires soucieux de relever le défit d’un développement holistique au devant de nous.
Nous mènerons ainsi des enquêtes sur les activités socio-économiques et écologiques sur l’ensemble des populations vivants à proximité de deux Parcs nationaux et la dite Réserve dans le but de proposer la mise en oeuvre du schéma d’activités alternatives pour promouvoir ensemble le développement local et la gestion participative durable des ressources naturelles qui nous entourent via la sensibilisation.

vendredi 7 avril 2017

Analyse critique du processus de cogestion du parc national de Kahuzi-Biega en République Démocratique du Congo



Publication :
par Emery Mushagalusa Mudinga, Serge Ngendakumana et An Ansoms, « Analyse critique du processus de cogestion du parc national de Kahuzi-Biega en République Démocratique du Congo », VertigO - la revue électronique en sciences de l'environnement [En ligne], Hors-série 17 | septembre 2013, mis en ligne le 12 septembre 2013


Introduction

  • 1 Aujourd’hui on parle de traces d’éléphants, compte tenu de la difficulté de préciser s’il en existe (...)
Le parc National de Kahuzi Biega à l’est de la République Démocratique du Congo (RDC) continue de subir des pressions anthropiques malgré les efforts de cogestion entrepris avec les populations locales à partir des années 1985. Selon Nishuli (com. pers.), Chef du parc, le nombre des gorilles est passé de 258 à 130 en 2000, à 100 en 2004 et à 119 en 2009 ; celui des éléphants est passé de 350 à 2 traces1 en 2004 dans la seule partie de haute altitude. La situation en basse altitude est restée très peu maitrisée, suite à la présence des groupes armés qui y sèment une forte insécurité (Nishuli, 2009). Le boom du Coltan en 2001 aurait déversé plus de 10 000 creuseurs miniers dans le parc (Meder, 2001). On estime par ailleurs que « chaque année environ 10 000 sacs de charbon de bois sont vendus, rien que dans la partie nord du territoire de Kabare. Ceci représente près de 1 700 arbres et correspond à plus de 90 ha de déforestation dans la seule région du corridor » (D’Souza, 2003).
Tout cela se passe alors qu’il existe une dynamique de gestion participative des ressources naturelles, fruit d’un consensus entre l’État congolais représenté par l’Institut congolais de la conservation de la nature (ICCN) et les populations locales qui entourent le parc. Cette dynamique consiste en des Comités de conservation communautaires (CCC) qui sont des structures représentatives de la population et à travers lesquelles l’ICCN appuie le développement local en guise de contrepartie à la conservation du parc. Ces structures éparpillées dans plusieurs villages environnant le parc ont été conçues, grâce au partenariat entre la Coopération technique allemande (GTZ) et l’ICCN, dans l’objectif d’impliquer les populations locales à la gestion du parc afin de réduire le braconnage et promouvoir le développement local.
  • 2 En 1996, il s’agit de la guerre de l’Alliance de forces démocratiques pour la libération du Congo, (...)
Néanmoins, vingt-cinq ans plus tard, lorsqu’on évalue l’impact de tout ce processus sur la réduction de la pression sur le parc National de Kahuzi Biega (PNKB), la situation ne semble pas répondre aux attentes. La destruction des ressources naturelles du PNKB est encore beaucoup plus grande qu’on ne l’imaginait, malgré l’existence d’un contrat social entre populations locales et gestionnaire de cette aire protégée. D’aucuns considèrent les guerres de 1996 et 1998 comme étant à la base de cette forte pression sur les ressources naturelles du PNKB ainsi que de l’échec du processus de cogestion et ne semblent pas forcément l’attribuer à l’inefficacité des structures locales de cogestion2.
Sans vouloir remettre en cause cette affirmation qui reste jusque-là fondamentale, le présent article examine une hypothèse complémentaire et considère que la destruction du parc et l’échec de l’approche participative ne peuvent être analysés en les limitant au seul contexte de la guerre. Certes, ce contexte est indispensable pour analyser l’ampleur de la destruction du parc national de Kahuzi Biega au cours d’une période bien précise, mais il faut noter que ce phénomène est encore plus complexe. Ainsi donc, la question à laquelle cet article se propose de répondre est de savoir pourquoi, malgré l’existence des comités de conservation communautaire, de cadres participatifs et démocratiques de cogestion des ressources naturelles, ce parc continue à subir une forte destruction. Face à ce questionnement, nous posons que l’échec de la cogestion du PNKB s’explique par la coexistence d’un faible ancrage local de la dynamique participative et des facteurs structurels. Nous considérons qu’au-delà des facteurs anthropiques ou de l’inefficacité supposée des structures locales de cogestion, des facteurs techniques, politiques, juridiques, démographiques et conjoncturels devraient être considérés pour mieux comprendre cette donne sur l’échec de la cogestion.

Présentation du parc National de Kahuzi Biega

Créé en 1970, le parc national de Kahuzi-Biega (PNKB) est situé dans la partie orientale de la République Démocratique du Congo dans la province du Sud-Kivu entre 1°36’ et 2°37’ de latitude sud ainsi qu’entre 27°33’ et 28°46’ de longitude est (Fischer, 1993). Il s’étend du bassin du Congo près d’Itebero-Utu jusqu’au bord occidental d’une importante dépression géologique dans la province du Nord-Kivu. Son siège est implanté dans la station de Tshivanga à 32 km de la ville de Bukavu sur la route nationale n° 3 reliant Bukavu à Kisangani. Ce site du patrimoine mondial s’étend sur trois provinces à savoir le Sud-Kivu, le Nord-Kivu et le Maniema (figure 1). Il partage aussi les limites avec les territoires de Kabare, Kalehe, Walungu, Shabunda et Walikale habités par divers groupes ethniques. Le parc doit son nom des monts Kahuzi (3 308 m) et Biega (2 790 m) (ICCN/PGG, 2009).


Figure 1. Localisation géographique du PNKB(A et B)

Sur le plan écologique, la richesse du PNKB tient à sa forte diversité biologique. On y trouve 13 espèces de primates, 9 espèces d’antilopes, plus de 400 espèces d’oiseaux et plusieurs milliers d’espèces de plantes (ICCN, 1999). Parmi ces espèces animales, on y rencontre une sous-espèce de gorilles (Gorilla beringei graueri) qu’on ne trouve nulle part au monde en dehors des forêts de l’est de la République Démocratique du Congo. C’est ce type de gorille qui fait du PNKB un attrait touristique.
Par ailleurs, le PNKB reste entouré par des populations locales diversifiées sur le plan ethnique. Certains vivent en basse altitude (Barega par exemple) et sont souvent dépendants des produits de la chasse, de la cueillette et du creusage des minerais qui sont pourtant des activités illégales dans le parc. La pauvreté et les modes de vie des différents paysans conjugués à une forte paupérisation de la population liée à l’insécurité permanente dans certaines zones environnant le parc obligent parfois ces dernières à recourir aux ressources du parc pour survivre. Et dans ce contexte, les populations locales sont entrées dans un cycle de conflits avec les responsables de la conservation du PNKB, mettant à mal le processus de gestion participative.

Démarche méthodologique

Descentes de terrain et entretiens avec les acteurs

La présente étude est principalement qualitative. Elle est d’abord basée sur une expérience empirique auprès des organisations de conservation et de recherche opérant dans et autour du parc. Nous avons été en contact avec les responsables du PNKB et les populations locales regroupées dans les CCC et avons observé et questionné leur partenariat, le processus de sa mise en œuvre et leurs réponses aux attentes des populations locales. Ces contacts physiques avec les différents acteurs à travers des entretiens libres et des groupes focaux nous ont permis d’observer et de comprendre comment fonctionnait cette dynamique. Nous avons pris le soin d’intégrer les villages environnants le parc, les structures locales de cogestion, quelques cadres travaillant pour l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN), des chercheurs et des notables locaux. Nous avons ainsi réalisé 15 entretiens individuels, 7 focus groups à Miti, Bugorhe, Bitale, Bushwira, Mudaka, Kalonge, Katana et Bukavu. La synthèse des données brutes issues des entretiens a été faite à travers un processus de transcription continue sur des fiches préétablies pour en dégager les informations utiles.
Dans le présent travail, notre expérience pratique et la connaissance de ces différents acteurs ou familles d’acteurs doivent être considérées comme des aspects concrets pouvant aider dans le cadre de l’analyse. « L’insertion personnelle du chercheur sur un “terrain”, où les interactions entre lui et ceux qu’il étudie sont décisives. Les connaissances ainsi produites ne sont rien d’autre que des approximations plausibles, c’est-à-dire des représentations savantes qui ont pour ambition de rendre approximativement et plausiblement compte des réalités de référence » (De Sardan, 2008).

Revue documentaire et procédure d’analyse

  • 3 Les rapports que nous avons produits dans le cadre de nos consultances auprès de l’ICCN/PNKB à trav (...)
10 Une autre source utilisée pour la production du présent papier est l’exploitation d’une série de documents se rapportant au sujet. Elle prend en compte des ouvrages, des rapports3, des études publiées et non publiés, des mémoires. Ce qui nous a aidés à soutenir certaines opinions récoltées au cours des investigations.
11 La synthèse des observations s’est faite par une analyse du contenu et nous a permis de trouver des éléments de réponse à notre questionnement initial. Il faut retenir que nous nous abstiendrons à garder une « structure mentale de l’hypothèse » qui « briderait la découverte […] et figerait l’enquête autour d’un modèle interprétatif préétabli et rigide » (De Sardan, 2008).

Résultats et discussion

Représentation schématique des facteurs identifiés

12 Le modèle schématique suivant fait ressortir les divers facteurs identifiés au cours des investigations et nous permet de dégager les liens de cause à effet du processus de cogestion mis en œuvre au PNKB (Figure 2). Nous avons examiné tour à tour chacun des facteurs repris ci-dessus et montrerons qu’il s’agit de leur combinaison qui justifie l’échec des efforts de cogestion déjà conjugués avant de tirer la conclusion sur des perspectives possibles.


Figure 2. Facteurs explicatifs de la destruction et de l’échec de la cogestion du PNKB

L’extension du PNKB en 1975 : quand une ordonnance-loi suscite des contestations et génère des conflits

13 Les limites actuelles du PNKB assorties de l’ordonnance n° 75/238 du 22/07/1975 portant extension du PNKB sont illégales et par conséquent les revendications des populations à ce sujet sont légitimes. En effet, le décuplement de la superficie du parc qui l’amena de 60.000 ha en 1970 à 600 000 ha en 1975 a été fait dans des conditions d’une violation flagrante de la loi n° 73-02 du 20 juillet 1973 portant régime général des biens, régime foncier et immobilier et régime des sûretés. Au terme de cette loi, le président de la République n’est pas compétent dans l’octroi des superficies foncières supérieures à 2000 ha. Dans de telles circonstances et lorsque le besoin se fait réellement sentir, c’est le parlement qui doit examiner la question pour en tirer des conclusions. Or, non seulement le parlement n’a pas été consulté, mais lorsqu’il fut saisi à travers les contestations populaires, sa recommandation de rétablir le parc dans ses limites de 1970 ne fut pas respectée. Il y a donc là une mauvaise foi manifestée par le chef de l’État, car les superficies ainsi concernées sont de l’ordre de 540 000 hectares octroyées sans une enquête de vacance de terre préalable. Dès lors, les populations lésées ont entamé une série de contestations et de confrontations avec les responsables du parc. Plusieurs raisons motivent les contestations des populations locales entre autres le fait de n’avoir jamais été associées dans le processus de cette extension, l’incorporation des villages entiers y compris des terres paysannes dans les nouvelles limites du parc et la sommation brutale à quitter immédiatement le parc.
14 Si d’un côté, ces contestations ont détérioré les relations entre les gestionnaires du parc et les différentes couches de populations qui se servaient des ressources forestières existantes pour vivre, plusieurs instances se sont également opposées à cette extension, trouvant les revendications des populations fondées et exigeant l’annulation pure et simple de cette ordonnance.

La contestation par le parlement de 1980

  • 4 À ce sujet, Utshudi (2008) aborde un questionnement essentiel qui veut qu’on s’interroge sur « la v (...)
15 Dans les lignes précédentes, nous avons souligné que seul le parlement est, en vertu de la loi, compétent pour octroyer des superficies foncières allant de 2000 ha et au-delà. Pour n’avoir pas été saisi de cette cession de terres, le chef de l’État a non seulement usurpé les fonctions du Parlement mais il a en même temps violé la loi4. C’est fort des revendications populaires qui avaient pris des tournures violentes que le parlement ait dû examiner la requête des habitants du groupement de Nindja en particulier, dont le trois quart de la superficie avaient été annexés au parc. Dans son rapport sur ladite question, la sous-commission parlementaire de la sous-région du Sud Kivu recommanda au ministre de l’Environnement et conservation de la nature la révision des limites du PNKB.
  • 5 Confer Mémorandum des agriculteurs et éleveurs de Kabare et Kalehe, 1995.
« Nous vous demandons, somme toute, de voir dans les intérêts des masses laborieuses, les limites du parc national de Kahuzi Biega et de les ramener à celles fixées par l’enquête de vacance de terres du 20 juillet 1952 et vous rappelons que l’ordonnance n° 70/316 du 30 novembre 1970 n’avait pas suscité de mécontentements au sein des populations car elle respectait cette enquête »5.
16 Si le Ministère de l’Environnement avait pris connaissance de ce rapport, une réponse favorable ne s’en suivit point. Entre-temps, les populations locales ont intensifié les manifestations sous l’égide de leaders locaux notamment les chefs coutumiers sans quitter les villages habités qui étaient considérés désormais comme faisant partie du parc. L’État a usé de son pouvoir en sommant les populations de déguerpir, mais celles-ci ont résisté. Au contraire, ils ont développé soit des attitudes négatives envers les gardes forestiers, soit des mécanismes de coopération avec ceux-ci pour les laisser accéder aux ressources.
17 Ce sont ces types d’attitudes qui font dire à Crozier et Friedberg (1977) que « même dans des situations de contrainte, non seulement les hommes ne s’adaptent pas passivement aux circonstances, mais ils sont capables de jouer sur elles et les utiliser beaucoup plus souvent qu’on ne croit et de façon active. Ainsi telle règle ou telle prescription formelles qui apparaissent comme des contraintes sont détournées de leur sens par les acteurs pour se défendre et se protéger » (Crozier, et Friedberg, 1977).
18 Il est vrai que plus tard la situation a beaucoup changé à travers l’implication des militaires dans ce litige, mais aussi certains habitants ont dû abandonner « leurs terres » suite à l’insécurité permanente liée notamment à la présence des groupes armés. Toutefois, les populations locales continuent non seulement à revendiquer leurs droits, mais aussi exercent encore leurs activités, profitant d’une sorte de résignation des gardes forestiers impayés et démotivés. Jusqu’à ce jour, il faut noter que la recommandation du parlement n’a jamais été respectée malgré le changement de régime politique.

Le Ministère des Travaux publics, urbanisme et habitat en 1982

19 Un autre acteur institutionnel important fut le Ministère des Travaux publics qui fut montre d’un grand intérêt aux revendications des populations locales. Il faut savoir qu’avec l’implication des militaires dans ce conflit, à la contestation foncière s’ajoutèrent des éléments nouveaux liés principalement à la violation des droits de l’homme. Les militaires et gardes forestiers se sont adonnés dans des actes de violence, d’extorsion des biens des paysans et même des tueries au point de créer une véritable insécurité. Pareilles attitudes vont à l’encontre des principes de base de la conservation de la nature car on conserve pour les hommes et ceux-ci doivent éthiquement être respectés dans leur statut d’acteur important dans le processus de conservation. C’est d’ailleurs dans cet esprit que, mécontent de la manière dont ce conflit était géré, le Bureau d’Études, d’aménagement et urbanisme (BEAU) souligna ce qui suit dans son rapport intitulé schéma d’aménagement Maniema-Nord et Sud Kivu :
« La conservation ne peut être durable que si elle est viable du point de vue économique et acceptable du point de vue social. Essayer de protéger la nature en négligeant les aspirations légitimes des populations environnantes serait inacceptable. Pour ce faire, le ministre recommande la redéfinition des limites de certains parcs en fonction de la répartition des populations. Parmi ces parcs dont les limites doivent être redéfinies figure le parc National de Kahuzi Biega ».
20 La Conférence nationale souveraine (CNS) en 1991, le gouvernement Kengo en 1995 et le Haut Conseil de la République/Parlement de Transition en 1996.
21 À toutes ces instances fut débattue la question des limites du PNKB. Plusieurs mémos leur étaient adressés par les populations aux fins de trouver des solutions à leurs revendications. Pour le cas du groupement de Nindja dont nous avons parlé, les populations s’indignaient principalement de la violation des limites de leur groupement reconnu depuis 1929 par la colonie belge ; de la spoliation de leurs terres par l’État congolais à travers l’ICCN/PNKB ; de l’atteinte à leurs droits de subsistance et à la perte des droits habituels d’utilisation de la forêt ; des tracasseries dont ils sont sujets par les gardes forestiers et militaires des forces armées de la RDC et de la non-prise en compte par l’État congolais de leurs revendications.
22 Ces instances ont reconnu la légitimité des revendications des populations locales et ont demandé au ministère de tutelle, à travers diverses lettres, de rétablir ces dernières dans leurs droits. D’ailleurs, la Conférence nationale souveraine (CNS) serait même allée plus loin en recommandant que le conservateur du PNKB soit traduit en justice car il est impliqué dans des activités de corruption, de détournement des deniers publics et de complicité au braconnage. Tant il est vrai que l’implication de ces instances a été grande, mais on peut souligner que cette période correspond peu à peu à l’affaiblissement du régime dictatorial du Président Mobutu mais aussi à une forte recrudescence de la corruption dans plusieurs secteurs de la vie nationale.

La conférence provinciale du Sud Kivu sur la reconstruction tenue à Bukavu en 1998

23 Que ce soit sous le régime du président Mobutu, Laurent Désiré Kabila (à partir de 1996), la rébellion du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD) en 1998, sous le gouvernement de transition (à partir de 2003) ou sous le régime de Joseph Kabila (à partir de 2006), les populations ont toujours crié à la spoliation de leurs terres par l’État congolais. Sous le RCD, le problème de l’expropriation des paysans et fermiers est ressorti dans les assises de la conférence provinciale sur la reconstruction du Sud Kivu. Les acteurs de la société civile ainsi que des responsables administratifs des territoires de Kabare, Kalehe et Shabunda ont retracé dans leurs rapports le parcours des revendications sur lesquelles l’État n’avait jamais réservé une suite favorable. Entre-temps, pendant que les conflits subsistaient, de grandes personnalités urbaines ont acheté de grandes étendues de terres dans la partie revendiquée, profitant du contexte sociopolitique des années 1990. Les services de cadastre et des titres fonciers se sont illustrés dans l’octroi des titres fonciers à ces personnalités qui y ont érigé des fermes.
24 L’apparition de ces nouveaux acteurs dans les conflits a rendu le problème encore plus complexe quand on sait que la plupart d’entre eux appartenaient à la gente au pouvoir et étaient des cadres de l’administration publique ayant une forte influence dans les institutions ou de grands opérateurs économiques de la ville de Bukavu ayant de fortes entrées dans les méandres du pouvoir. Même si les responsables du parc ont amorcé des actions en justice à leur encontre, on peut comprendre le rôle que joue le statut de ces élites pour retarder la décision de la justice ou pour empêcher que la question soit abordée. Entre temps, la cause de la population est restée pendante. Déjà appauvrie par les guerres et accédant difficilement à « leurs terres », la population est restée presque seule devant son sort.
25 Soucieux de trouver une solution à ces problèmes, en vue de sauver des vies humaines et promouvoir l’agriculture, les participants aux assises de la conférence provinciale de reconstruction du Sud Kivu se sont inscrits dans les recommandations des instances citées précédemment en recommandant que soient réduites les limites du PNKB au profit des paysans dont les terres furent expropriées.
26 En conclusion, de tout ce processus de revendications populaires, quatre constats peuvent être relevés. D’abord on peut noter cette unanimité des différentes instances qui, ayant examiné la question, reconnaissent qu’il y a eu vice de procédure et que par conséquent les limites du parc devraient être revisitées. Ensuite, il faut constater que cette extension du parc a été faite pendant une période de forte dictature. Ceci est encore relevé par Busane (2004) :
Le fait que le chef de l’État ait pris une décision unilatérale en violation de la loi démontre le caractère autoritaire par lequel il gérait la chose publique et le non-respect des institutions de la République. Cela nous fait aussi dire que le Parlement ne jouait qu’un rôle symbolique, instrumental et du reste marginal.
27 On le voit même à travers ses recommandations sur ce conflit qui n’ont jamais attiré la moindre attention du chef de l’État. Très peu serait attendu des autres instances dès lors que le Parlement était lui-même incapable d’influencer le pouvoir exécutif à l’époque. La question qui se pose est de savoir pourquoi à la chute du régime dictatorial, la question n’a jamais été décantée jusqu’à ce jour. Ce qu’on peut dire pour répondre à cette question et qui est en même temps notre troisième constat c’est l’apparition des élites bourgeoises dans le conflit. Comment un problème de ce genre serait-il décanté lorsqu’on sait que certains acteurs politiques influents y ont des intérêts ? Quel intérêt ont-ils à faire décanter la situation qui tournerait à leur désavantage notamment en perdant leurs terres ? Dès lors, on comprend le flou et le retard entretenus dans la gestion de ce dossier. Enfin, le quatrième constat est lié à un contexte sociopolitique délétère conjugué par une gouvernance caractérisée par la corruption dans divers secteurs de la vie publique comme nous le verrons d’ailleurs dans le point suivant.

RDC : Un problème de gouvernance qui affecte les secteurs étatiques y compris la gestion du parc

28 La mauvaise gouvernance est l’une des causes principales qui sont à la base de la destruction du PNKB et s’enracine dans un contexte sociopolitique dans lequel les dirigeants ont privilégié leurs propres intérêts au détriment des intérêts du peuple. Pour la petite histoire, la République Démocratique du Congo accède à son indépendance en 1960. Il est dirigé par son tout premier président Joseph Kasavubu et son tout premier ministre Patrice Émery Lumumba assassiné le 17 janvier 1961. En 1965, le lieutenant Joseph Désiré Mobutu prend le pouvoir à travers un coup d’État et instaure un régime militaire très autoritaire. Il régna sur le pays pendant 32 ans avant d’être détrôné par Laurent Désiré Kabila en 1997 avec l’Alliance des forces démocratiques pour la libération (AFDL) soutenue par le Rwanda. Pendant une bonne partie de son règne, Mobutu installe un régime de terreur , de corruption et de chaos politique (Dungia, 1992) avec son parti unique le Mouvement populaire de la révolution (MPR). Il instaure le Mobutisme, une sorte de religion d’État. Le culte de la personnalité atteint son paroxysme. Tous les secteurs de la vie socio-économique et politique, la justice et l’administration en général sont laissés à la merci de la corruption. Si cette situation permit à Mobutu de s’enrichir sans être inquiété, elle contribua par contre à affaiblir l’État et plongea le peuple zaïrois dans une situation très délicate où toutes les affaires se réglaient par la corruption, le clientélisme. Bref, les Zaïrois apprirent à « se débrouiller à l’article 15 ».
  • 6 C’est à partir des années 90 que les parents zaïrois, soucieux de l’éducation de leurs enfants, ont (...)
  • 7 Seul Kabila le père avait déjà commencé par l’armée en payant à chaque militaire une solde de 100 $ (...)
29 Il faut noter qu’à partir des années quatre-vingt, les salaires des fonctionnaires de l’État commençaient à devenir misérables avant de ne plus exister du tout vers les années 90. À titre d’exemple, « les dépenses d’éducation estimées à 25 % par rapport au budget national dans les années soixante-dix connurent, depuis lors, une baisse vertigineuse qui va jusqu’à moins de 5 % (Kayembe et N’Tumba, 1996). « Dans ce climat, le salaire mensuel d’un professeur de l’Enseignement supérieur qui équivalait à l’époque à 1.400 $ US, est passé entre 1980 et 1992, l’inflation et la dévaluation de la monnaie aidant, à environ 140 $ US pour sombrer jusqu’à moins de 50 $ au début des années 1995 » (Dibling, Elongo, et Vanden Daelen, 2004 :cité par Kayembe et N’Tumba, 1996)6. Il en est de même pour tous les autres secteurs où les fonctionnaires de l’État ont oublié le salaire en développant de nouvelles formes de prédation basées essentiellement sur une corruption presque officielle. Cette situation est restée permanente malgré le changement de régime7. Les salaires des fonctionnaires ne sont pas payés et s’il y en a, ils sont maigres et irréguliers. À titre d’exemple, en 2009, un garde-parc du PNKB touchait mensuellement l’équivalent de 19 euros soit de 25 $ (Batano, 2010) alors qu’il a une famille à nourrir, des enfants à scolariser, à soigner, parfois un loyer à payer…
30 L’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN) est l’une des institutions paraétatiques dont le personnel en général est confronté aux mêmes difficultés de gouvernance caractérisée la satisfaction des intérêts personnels et égoïstes. Face à un délaissement total par l’État, les fonctionnaires y compris ceux de l’ICCN, ont appris à inventer et à réinventer des alternatives de survie, souvent en devenant eux-mêmes des véritables prédateurs des ressources qu’ils sont sensés gérer, administrer, etc. On se rappellera qu’en 1991, la Conférence nationale souveraine avait déjà recommandé la traduction en justice du conservateur du PNKB pour des faits liés au braconnage et détournement des deniers publics. À ce sujet, Nguinguiri (2003) note que « les arrangements pratiques conclus ainsi entre braconniers et gestionnaires de l’aire protégée s’inscrivent dans le registre de la corruption » et contribue à agoniser le pouvoir public.
31 Cette agonie et cet effondrement de l’État congolais ont longtemps été à la base de la déstructuration des services (Koen et Haans, 2010) et des conflits de compétence entre institutions publiques. C’est le cas des permanentes confrontations entre l’ICCN et les services de cadastre et titres fonciers autour des questions foncières. Ces derniers délivrent des titres de propriété à des particuliers, sur des terres dont l’ICCN clame l’appartenance et que les populations revendiquent. On peut y ajouter les conflits entre le ministère des Mines, l’ICCN et le ministère de l’Environnement autour des concessions minières situées dans les limites du parc (le cas de la société minière Sakima implantée dans les limites du parc). Il faut noter que ces conflits sont entretenus par des responsables étatiques, des cadres de l’administration souvent à travers des mécanismes de corruption.
32 Ces éléments et bien d’autres encore démontrent à suffisance combien la faiblesse de l’État contribue à la détérioration du tissu social et économique. À titre d’exemple, notons les conditions de travail du personnel de surveillance, la gestion peu orthodoxe des recettes du PNKB et la présence militaire dans le parc qui sont des défis de gouvernance dont l’impact négatif sur la cogestion du parc reste très considérable.

Les conditions de travail du personnel de surveillance

33 Quelques problèmes majeurs se posent dans le cadre des conditions de travail des agents de l’ICCN/PNKB. Ici, nous parlerons beaucoup plus des gardes-parcs et du personnel forestier chargés de la surveillance à l’intérieur et aux alentours du parc afin de lutter contre les menaces anthropiques et maintenir l’information sur l’état de la biodiversité.
34 En effet, le premier problème réside au niveau de l’effectif de ce personnel. Batano (2010) affirme que le nombre des gardes-parc déployés par l’ICCN pour sécuriser 6000 km2 s’élève à 140 éléments en 2008. Ils sont répartis sur les quatre stations du PNKB à savoir Tshivanga, Nzovu, Lulingu et Itebero.
35 Un tel nombre renvoie à dire que sur 1 km2, la patrouille est exercée par 0,02 garde. Batano estime qu’en conséquence, un garde-parc exerce son contrôle sur 42,86 km2. Le deuxième problème réside au niveau technique et logistique. Ce personnel n’est pas suffisamment formé ni doté de moyens appropriés et suffisants en quantité et en qualité pour exercer leurs fonctions (Uwe et Hart, 2006). Les appareils de communication ne sont pas donnés à tous les gardes. Ce qui fait que chaque fois qu’ils ont un problème, il est difficile voire impossible de pouvoir informer la hiérarchie ou demander de l’aide immédiate dans un temps record.
36 Le troisième problème porte sur la démotivation des agents suite au salaire. Non seulement celui-ci est très maigre, mais il est également irrégulièrement payé. « En 2008, le salaire mensuel envoyé par l’ICCN-Kinshasa à un garde-parc du PNKB varie de 15-25 $ (11,5-19,2 €). En plus de cela, chacun recevait une prime de 30 $ payée par le projet GTZ. En ce temps-là, un sac de riz de 50 kg coûtait 75 $ sur le marché local. Avec une telle rémunération, le garde-parc ne pouvait pas ne fût-ce que nourrir sa famille pour le mois […], en plus, il peut passer 3 à 6 mois sans avoir touché le moindre salaire » (Batano, 2010). Cette situation avait déjà été constatée par deux experts de l’UNESCO (Uwe et Hart, 2006) lors d’une mission de suivi réactif auprès du PNKB et du parc national du Virunga (PNVi) où il a été démontré que les gardes-parc étaient devenus complices des braconniers ou qu’ils devenaient eux-mêmes braconniers pour survivre.

La gestion peu orthodoxe des recettes du PNKB

37 Si les conflits autour de la gestion du parc se posent, il faut comprendre que les ressources financières et leur répartition figurent parmi les causes principales (Mudinga, 2011). Ces ressources proviennent principalement du tourisme ainsi que des projets financés par les différents partenaires qui sont principalement la GTZ, le Word Wildlife Fund et l’UNESCO. Le document de tarification du tourisme du Ministère de l’Environnement, conservation des ressources naturelles, eaux et forêts de la RDC prévoit que dans les aires protégées, un touriste étranger paye par jour :
  • 400 avec 50 $ de filmage s’il doit simplement visiter les animaux
  • 1000 $ pour visiter le parc
  • 200 $ et enfants 75 $ pour une visite en équipe
  • 200 $ et enfants 100 $ pour visiter les sites
  • 354 $ pour une recherche scientifique par un chercheur qualifié
  • 150 $ pour le tourisme scientifique
38 Ces montants sont réduits à 75 $ lorsqu’il s’agit de visiteurs nationaux.
  • 8 Selon les différents rapports annuels, on a 468 en 2007, 548 en 2008, 329 en 2009 et 329 en 2010. L (...)
39 En considérant les statistiques des visites au PNKB sur les quatre dernières années (2007, 2008, 2009 et 2010), on constate que le PNKB a été visité par un total cumulé8 de 1674 touristes parmi lesquels 1534 étrangers. Faisons un calcul simple en considérant seulement ce que paient les touristes étrangers. Prenons les quatre ans comme base de calcul et en estimant que ces touristes étrangers n’ont visité qu’un jour, sans utilisation d’un quelconque matériel payant. Nous aurons alors 400 $X1534 =613600 $, donc une moyenne de 153 400 $ par an. Si nous considérons que les CCC existent depuis une décennie, nous pouvons multiplier cette somme par 10 pour avoir 1 534 000 $.
40 Posons que dans le contrat de partenariat entre les CCC et le PNKB, les CCC doivent recevoir 30 % des recettes du tourisme pour le développement local de la population. On aura alors 460 200 $, donc une moyenne de 46 020 $ par an pour les CCC. Ce montant est insignifiant à la base, mais peut par exemple contribuer à financer un micro projet de type communautaire. Pourtant, bien que les CCC soient théoriquement un mécanisme de cogestion des ressources naturelles, il n’existe aucun contrat clair instituant les modalités de partage des intérêts issus de la conservation. Il a même été démontré que les fonds-leur alloués sont insignifiants par rapport aux besoins de leurs milieux. « Un des agents du PNKB a déploré par exemple que depuis leur création (plus ou moins 10 ans), le montant alloué à tous les CCC n’a même pas atteint 50 000 $USD » (Batano, 2010 :120). Comment pourrait-on interpréter finalement la notion de la promotion du développement local prônée par le PNKB dans ces conditions ?

La présence militaire au sein du parc national de Kahuzi Biega

41 L’installation des positions militaires à l’intérieur ou aux alentours des limites du PNKB est une menace contre les initiatives de gestion participative des ressources naturelles. Loin de protéger les ressources, ils sont devenus en même temps des prédateurs et constituent une source d’insécurité pour les personnes et leurs biens. L’on se rappellera que les postes de patrouille aux différentes entrées et sorties du parc n’ont jamais été source d’insécurité pour les populations car se limitant seulement au contrôle du braconnage. À partir des années 1996, suite à la guerre, dans le but soi-disant de lutter contre l’insécurité grandissante dans le parc et s’assurer de l’identité des personnes qui le traversent, des barrières militaires ont été installées dans le parc notamment à Tshivanga, Sabasaba, Bifurcation de Kalonge et Kahuzi Biega/Kasirusiru. Les services de l’Agence nationale de renseignement (ANR) et les forces armées de la RDC (FARDC) sont les principaux acteurs au niveau de ces barrières où les passagers sont obligés de payer des taxes sans quittances pour pouvoir traverser. Les pièces d’identité sont contrôlées et les passants sont régulièrement obligés de payer des montants supplémentaires et forfaitaires après des séances d’intimidation. « Le rapport de traversée du parc à la seule barrière de Tshivanga par les véhicules et les motos pour le premier trimestre de 2008 évalue à 3 473 600FC (4 086,60 US$) pour les véhicules et 386 800FC (455 US$) pour les motos (Batano, 2010).
42 Quand on sait que ce sont les populations locales partenaires de l’ICCN qui sont objet de ces tracasseries et rançonnement, on comprend fort bien leur manque d’intérêt et leur méfiance à l’égard des agents du parc. Rien ne les assure que dans un contexte d’absence de l’État et de corruption, les responsables du parc n’agissent pas en complicité avec ces militaires. Comment la collaboration peut-elle être sincère lorsque les populations accusent les responsables du PNKB d’être tout aussi des bourreaux au même titre que les militaires et agents de renseignement qui les rançonnent ?

Les guerres de 1996 et 1998 et la reconfiguration de la pression sur le PNKB

43 Les guerres ont joué un rôle important dans la destruction du parc national de Kahuzi Biega, qu’il s’agisse de celle de 1996 ou celle de 1998. En effet, conduite par son leader Laurent Désiré Kabila avec ses alliés tutsi rwandais, l’Alliance des forces démocratiques pour la libération (AFDL) lance des opérations de libération du Zaïre en commençant par le Sud Kivu (est de la RDC) et précisément à Uvira (Sud du Sud Kivu) en 1996. Avec l’avancée de la guerre, tous les camps des réfugiés se sont vidés, les réfugiés hutus rwandais craignant les représailles des Tutsis. Dans leur fuite, les réfugiés ont emprunté plusieurs directions notamment celles conduisant directement dans le PNKB. C’est là que leur occupation du parc a commencé et est présente jusqu’à ce jour. La présence de ces réfugiés hutus dans le parc a occasionné la destruction de la biodiversité car ces dernières y pratiquent l’agriculture, tuent les animaux, provoquent des feux, creusent les minerais, etc. En 1998, les affrontements sont intensifiés par les rebelles du Rassemblement congolais pour la démocratie, mouvement rebelle opposé au régime de Laurent Désiré Kabila. Le PNKB devient un champ de bataille entre cette rébellion et les milices autochtones Mai-Mai alliées à l’époque à la milice des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR). Dès lors, la faune et la flore du parc sont sacrifiées, faisant l’objet de pillage et d’une forte destruction. Jusqu’à ce jour, les groupes armés ont érigé leurs états-majors dans le parc. Celui-ci constitue non seulement l’habitation des réfugiés hutus rwandais mais aussi un lieu de refuge pour les populations locales lors des affrontements. Cette présence militaire et civile dans le parc a eu comme autre conséquence une explosion de l’exploitation minière au point qu’on évalue à plus de 10.000 le nombre de creuseurs qui se sont installé dans le PNKB au cours de la période allant de 2000 à 2004.
44 Dès lors, le rôle prépondérant de ce contexte socio-sécuritaire apparaît comme étant très déterminant tout en n’étant pas le seul lorsqu’on aborde les raisons de la continuelle destruction du parc. Point n’est besoin de démontrer qu’il est même difficile, dans un tel contexte assez fragile, pour une approche de cogestion des ressources naturelles de produire des résultats positifs. Or comme on le voit bien, c’est dans ce contexte que furent mis en place les comités de conservation communautaire dans des villages paupérisés et fortement insécurisés. Il s’agit là, à notre avis d’une sorte “d’erreur politique” dans l’implémentation de cette dynamique.

Le facteur démographique et son influence sur la pression du PNKB

45 Le facteur démographique est très déterminant et devrait être minutieusement analysé dans tout processus de création ou d’aménagement d’une aire protégée. Ne pas faire attention à ce facteur serait une naïveté et une erreur d’appréciation pour tout acteur fut-il protectionniste ou populationniste. Le parc national de Kahuzi Biega n’échappe pas à ce phénomène. L’arrivée des réfugiés rwandais au Sud Kivu est un premier élément qui permet de se faire une idée du comment l’accroissement de la population a induit une augmentation des besoins en énergie ainsi que pour d’autres ressources. Il faut noter qu’en septembre 1994, le nombre de réfugiés hutus rwandais déversés au Sud Kivu était évalué à 350 000 répartis dans une dizaine de camps environnant le PNKB (Filipo, 1996). Depuis lors, cette présence a augmenté la pression sur les ressources naturelles du parc national de Kahuzi Biega. Le prélèvement du bois dans le parc a contribué à la destruction de la forêt naturelle et induit d’autres types de pratiques négatives sur les ressources naturelles notamment le braconnage (pour la viande et la vente des trophées comme les peaux, les ivoires, etc.) et la cueillette. “On estime qu’entre août 1994 et février 1995, plus de 154 480 stères de bois ont été consommés par les réfugiés et cette quantité représente environ 309 ha déboisés. Durant la même période, environ 500.000 sticks de bois de construction ont été coupés pour les besoins des réfugiés soit au moins 100 ha de forêt déboisés. Au total, environ 409 ha ont été déboisés à cause de la présence des réfugiés…” (Filipo, 1996).
46 Par ailleurs, la population environnant le PNKB n’est pas restée statique au fil des années. Si déjà vers les années 1980 elles se plaignaient de la spoliation de leurs terres, on peut comprendre pourquoi elles peuvent insister sur ces faits conflictuels aujourd’hui. À titre d’exemple, la population du groupement de Nindja était estimée à près de 15 000 habitants en 1990 alors que c’est en cette période que leurs revendications se sont le plus accentuées criant à la rareté des terres arables. En septembre 2011, cette population a été estimée à 36 485 habitants. À cette allure, il est tout à fait clair que ce phénomène a un impact sur le parc. La population ayant augmenté, des élites politiques et des opérateurs économiques s’étant accaparés de vastes étendues de terres, des villages entiers étant incorporés dans les limites du parc, il reste indéniable que cela justifie la forte pression sur le parc ainsi que la persistance des populations dans leurs revendications car même les quelques terres disponibles sont mal réparties. Or dans le cas présent, non seulement la délimitation était faite sans tenir compte du facteur démographique, mais aussi les populations habitant ces régions et le parlement ne furent jamais consultés dans toutes les démarches qui mirent en place les nouvelles limites.

Faible ancrage local des Comités de conservation communautaire

47 Les comités de conservation communautaire (CCC) sont des structures locales qui jouent le rôle d’interface entre la population et les responsables du parc. Leur rôle est de contribuer à la réduction du braconnage, de la destruction du parc et de canaliser les appuis de l’ICCN au développement local. Ils sont animés chacun par un comité de pilotage composé d’environ 10 à 12 personnes élues localement. Leur élection se fait en assemblée générale regroupant les membres effectifs, adhérents et sympathisants. Seuls les membres effectifs peuvent voter. Un porte-parole est élu pour être le responsable de l’exécutif du CCC et pour s’occuper de sa gestion quotidienne.
  • 9 D’après un cadre du PNKB que nous avons interrogé autour de leur implication dans ce processus, « i (...)
48 Les responsables du PNKB participent aux élections et les appuient financièrement et techniquement (par l’intervention d’un expert payé par eux) pour qu’elles se passent dans le “calme et la sérénité”9. On peut lire dans cette présence du PNKB une tendance à garder l’œil ouvert sur ce qui se passe au niveau local. C’est comme une sorte de paternalisme voilé et une volonté manifeste de garder le contrôle des enjeux de la gestion en poussant les acteurs locaux à suivre une certaine direction.
49 Par ailleurs, les questions qui se posent ici portent notamment sur l’appropriation de cette dynamique par les populations. Comment les couches sociales considèrent-elles au juste les CCC ? Se sentent-elles effectivement satisfaites de leur existence ? Tout le monde s’identifie-t-il dans cette dynamique ou la considère-t-on comme l’affaire de quelques-uns ?
50 Tout d’abord, on a en face un CCC doté de textes juridiques et où les membres s’expriment par voie démocratique pour désigner leurs représentants et cela, pour s’assurer de mettre les personnes qu’il faut pour défendre la cause locale.
51 Cependant, lorsque nous parcourons nos différentes sources, nous remarquons une absence d’indépendance des CCC face à l’ICCN/PNKB que l’on voit partout pour influencer le fonctionnement de ces derniers et même jusqu’à influencer les élections des membres du CCC. Ne serait-on pas en face d’un service de surveillance du PNKB délocalisé et qui changerait de nom pour porter l’identité locale ? Sinon, pourquoi l’ICCN/PNKB serait-il si intéressé à suivre à la loupe toutes les étapes de mise en place du CCC au lieu de laisser l’initiative s’organiser indépendamment au niveau local par les acteurs locaux eux-mêmes ?
52 Nous nous rendons également compte que la dynamique des CCC est très peu connue localement et ceux qui la connaissent l’interprètent différemment. Dans l’étude de Muhigwa (2008), la prise de connaissance du CCC se situe essentiellement entre 2003-2007. Les interviewés pensent typiquement que le CCC appartient au PNKB (40 %) avec la collaboration de la population et du chef de groupement (6 %). D’autres pensent que les membres des CCC sont mis en place par la population (20 %). En grande majorité, ils savent que les membres du CCC sont choisis par élection populaire (89 %) » (Muhigwa, 2008). Lorsqu’on jette un regard sur ces résultats, on voit que la plupart des gens sont conscients que les CCC sont des structures appartenant au parc même s’ils sont composés de personnes établies localement. On ne voit pas dans cette conception l’idée d’une dynamique locale dont la population a la maîtrise et où elle se reconnaît comme étant le propriétaire ou l’initiateur.
  • 10 On attendrait de lui par exemple la prise de décisions ou la mise en place des mécanismes locaux in (...)
53 En outre, dans chaque entité où opère le CCC, le chef de groupement ou de chefferie est d’office un des conseillers du CCC. Cependant, les résultats montrent qu’il est loin de soutenir efficacement cette dynamique. Dans nos consultances auprès des CCC en 2008 et 2009 où nous étions chargés soit de former les membres sur la gestion de projets soit d’évaluer l’efficacité du partenariat, l’engagement de l’autorité coutumière n’était pas assez déterminant. Son implication dans les activités était symbolique. Tout porte à croire qu’il venait remplir une formalité en qualité d’autorité locale et non pas comme un acteur très acquis à la dynamique du CCC. Même si à la base aucun CCC n’a été établi sans l’accord du chef coutumier en place, cela n’est pas suffisant pour prouver qu’il soutienne l’approche mise en place10.
54 Un agent du PNKB nous a confié « qu’il arrivait parfois que le chef de groupement conçoive “ses” propres microprojets (en dehors du CCC) et qu’il demande un appui financier à l’ICCN/PNKB. Pour cet agent, ces microprojets étaient financés non pas parce qu’ils étaient pertinents, mais parce qu’ils étaient considérés comme un signal fort pour les autorités du parc qui craignaient qu’en ne les finançant pas, l’autorité coutumière puisse saboter leur dynamique… ».
55 Très vite, on comprend comment au niveau local, en commençant par les chefs coutumiers eux-mêmes, la dynamique semble ne pas être portée par tous. Il faut constater que ni dans les rapports ni dans nos consultances ou dans les autres sources consultées, nous n’avons trouvé pour le cas du PNKB des cas où les chefs coutumiers ont condamné les menaces sur les ressources ou réprimandé des braconniers. Toutes choses restant égales par ailleurs, on peut en déduire que le chef coutumier ne se reconnaissant pas effectivement dans l’approche mise en place, il en va de soi pour la population sur laquelle il règne. Il devient assez clair que ce faible ancrage local contribue au renforcement d’un climat de résignation manifeste des acteurs locaux face à la conservation du PNKB.
56 Par rapport à la mission des CCC, la même étude affirme que les acteurs le connaissent essentiellement comme « une organisation pour la conservation du PNKB (54 %) ; une organisation pour la conservation (15 %), une organisation de la communauté pour la conservation (13 %) ou plus rarement comme une ONG pour la conservation parmi tant d’autres 5 %) » (Muhigwa, 2008). Toutes ces interprétations démontrent à suffisance comment la dynamique des CCC est perçue localement par les acteurs. Il faut reconnaître que des efforts ont été consentis pour la vulgariser, mais à y regarder de très près, on voit qu’ils n’ont pas réussi (ou même suffit) à enraciner l’approche (Oli et Kasisi, 2007) afin qu’elle tienne debout.
  • 11 Le CCC dans ces conditions porte le nom d’une structure locale appartenant à la population, mais qu (...)
57 De toutes ces considérations, il y a lieu de déduire que pour la population, le CCC ne fait que jouer le jeu de l’ICCN. C’est pour dire que créé par les responsables du PNKB, le CCC appartient symboliquement à la population, mais politiquement à l’ICCN11. Ce qui justifie de faible reconnaissance et appropriation locale. Et à ce titre, on ne peut pas parler d’une gestion participative des ressources naturelles. Par ailleurs, le fait que ce soit le PNKB qui finance les CCC, ces derniers s’exposent à une dépendance et ont un manque d’autonomie et de liberté. La marge de manœuvre des CCC est réduite et le partenariat se trouve ainsi déséquilibré. « Le fait que certains soient détenteurs du pouvoir technique et financier rendrait dès le départ le partenariat inégalitaire et faussé » (Lavigne Delville, 1992).

Conclusion

58 Dans ce chapitre, nous avons essayé d’examiner les facteurs explicatifs de l’échec de la cogestion du parc national de Kahuzi Biega en répondant à la question de savoir pourquoi malgré l’existence d’une dynamique de cogestion, ledit parc continue-t-il à subir une forte pression ?
59 En parcourant les différents aspects analysés, on se rend compte de la complexité de la situation. Il y a lieu de dire que l’échec de la cogestion ne peut pas ou plus être analysé comme simplement lié à la guerre ou à la méfiance des populations locales comme on le prétend. Tout part finalement de l’ordonnance n° 75/238 du 22 juillet 1975 portant délimitation du PNKB qui s’est écarté de l’esprit de la loi en piétinant le pouvoir dévolu au parlement et qui de ce fait a engendré une série de contestations à différents niveaux.
60 Tant il est vrai que le principe d’expropriation pour cause d’utilité publique est légal, mais rien ne justifie la violation flagrante de la loi ou l’usurpation du pouvoir par une quelconque autorité au nom d’un tel principe. En outre, il n’est plus logique de penser la nature en considérant l’homme comme un élément isolé. C’est pourquoi, avoir décidé d’étendre les limites du parc sans penser aux populations susceptibles d’être affectées et surtout sans avoir procédé à une enquête de vacance de terres, exposait vraisemblablement l’État congolais aux contestations.
61 L’article démontre que même si la dynamique de cogestion a été mise en place, les populations locales ne s’y identifient pas du tout et l’interprètent surtout comme une structure inféodée à l’Institut congolais pour la conservation de la nature. Le rôle et le pouvoir des populations restent symboliques alors que toute la politique de fonctionnement est dictée par l’ICCN, tous les moyens financiers et le style de management étant l’émanation de ce dernier. Toutefois, tout en reconnaissant le rôle des populations locales dans la destruction du PNKB, il faut noter que ce dernier est déjà en mal de protection. On ne peut pas protéger 6000Km2 avec un effectif de 140 gardes forestiers touchant de manière irrégulière un salaire mensuel inférieur ou égal à 19 euros, qui sont faiblement équipés et qui œuvrent dans un contexte d’insécurité permanente. Le fait que ces derniers complotent avec des braconniers ou des militaires pour ponctionner sur les ressources naturelles est compréhensible. La présence d’une dynamique participative n’empêcherait donc pas à qui veut accéder aux ressources de le faire dès lors que plusieurs acteurs profitent de la mauvaise gouvernance et de la défaillance de l’État à assumer ses responsabilités.
62 Il devient alors clair que le PNKB n’a pas seulement besoin d’une dynamique de cogestion pour être à l’abri des incessantes pressions. Il a aussi besoin d’un État qui fonctionne et qui s’assume en mettant à la disposition de ses agents des moyens logistiques conséquents, en augmentant les effectifs du personnel de surveillance et en payant un salaire décent. Il faut aussi que soient adressées les véritables causes des conflictualités persistantes autour du PNKB pour que des solutions adéquates puissent être trouvées en tenant compte des intérêts des populations sans léser le patrimoine mondial qu’est le parc national de Kahuzi Biega.
Haut de page

Bibliographie

Batano, G, 2010, Formes de survie des Batwa après leur expulsion dans le Parc national de Kahuzi-Biega. Mémoire de Master en Développement, FOPES, UCL, Académie Louvain, Louvain-la-Neuve, Belgique, 143p.
Busane, W., 2004, La gestion des aires protégées au Sud-Kivu : Pratiques et conflictualité. Recherche sur l’impact de la domanialité publique sur les activités socio-économiques des terroirs villageois au Sud-Kivu, UCB/LEAD, RDC, 28p.
Crozier, M. et E. Friedberg, 1977, L’acteur et le système. Paris, Le Seuil, 498 p.
D’Souza, K., 2003, Etude d’échelle sur l’exploitation minière artisanale du coltan dans le parc national de Kahuzi-Biega, The Dian Fossey Gorilla Fund, Amstrong Wardell, Staffordshire, Royaume-Uni, 43p.
Dungia, E., 1992, Mobutu et l’argent du Zaïre. Révélations d’un diplomate, ex-agent des services secrets, Paris, L’Harmattan, 170-176.
Filipo, C., 1996, Rapport sur l’observation de la zone tampon du PNKB, ICCN, Bukavu.
Fischer, E., 1993, La végétation du parc national de Kahuzi-Biega (Sud-Kivu, Zaïre). Gerhart Stagg, 93p.
Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN), 2009, Plan de gestion du PNKB 2009-2019, Kinshasa, RDC, 129p.
Kayembe, Y.F. et L.T. N’Tumba, 1996, Promesses politiques et mémoire collective. Stratégies de domination mobutisme et misère du peuple zaïrois, Belgique, Pistes Africaines, 71-72.
Koen, V. et R. Haans, 2007, Gouvernance locale et leadership à l’Est de la RDC. Conflict Research Group, Université de Gent, Belgique, 39p.
Lavigne Delville, P., 1992, Participation paysanne, discours et pratiques. Quelques réflexions sur le texte de J.-P.Chauveau », Bulletin de l’APAD, n° 3 (mis en ligne le 05/07/2006).
Meder, A., (éd.), 2001, Animaux du patrimoine mondial en danger. Solutions à la menace qui pèse sur les animaux du Kahuzi-Biega, Journal de Berggorilla & Regenwald Direkthilfe. Allemagne.
Mudinga, E., 2011, Réinventer la cogestion du Parc National de Kahuzi-Biega en RDC ? Les comités de conservation communautaire au centre de la critique. Mémoire de Master, UCL, Louvain-La-Neuve, Belgique.
Muhigwa, J.B., 2008, Activités de conservation et impact sur les groupes vulnérables. Évaluation de la performance et de la reconnaissance dans leurs milieux. Données de la ligne de base CCC 2008, Bukavu, RDC, 56p.
Nguinguiri, J.C., 2003, Gouvernance des aires protégées-l’importance des « normes pratiques » de régulation de la gestion locale pour la faisabilité des réformes dans le Bassin du Congo. In Policy Matters, Community empowerment for conservation, UICN Commission on environmental, economic and social Policy, Durban, 16-21.
Nishuli, R., 2009, Efforts de conservation des gorilles de plaines orientales au Parc National de Kahuzi-Biega.Gorillas-Gentle Giants in Need, Communication au symposium du 09 au 10 Juin 2009, Zoo Frankfurt.
Oli, B. et R. Kasisi, 2007, Renforcement des capacités de l’ICCN à la gestion et la résolution des conflits liés aux ressources naturelles dans le parc national de Kahuzi-Biega, IISD,
Uwe, K. et T. Hart, 2006, Rapport de mission suivi réactif de l’UNESCO au parc national des Virunga et du Kahuzi Biega, République démocratique du Congo (RDC), 26p.
Haut de page

Notes

1  Aujourd’hui on parle de traces d’éléphants, compte tenu de la difficulté de préciser s’il en existe encore ou pas.
2  En 1996, il s’agit de la guerre de l’Alliance de forces démocratiques pour la libération du Congo, conduite par Laurent Désiré Kabila. En 1998, il s’agit de celle de la rébellion du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD) qui s’était opposé au régime de Laurent Kabila dont la plupart l’avaient aidé à accéder au pouvoir à Kinshasa.
3  Les rapports que nous avons produits dans le cadre de nos consultances auprès de l’ICCN/PNKB à travers le projet GTZ-PBF font partie de cette catégorie.
4  À ce sujet, Utshudi (2008) aborde un questionnement essentiel qui veut qu’on s’interroge sur « la valeur juridique des décisions prises en violation des lois, ainsi que sur celle d’une conservation de la nature qui ne tient pas compte du rapport à la nature et des aspirations socio-économiques des communautés locales ».
5  Confer Mémorandum des agriculteurs et éleveurs de Kabare et Kalehe, 1995.
6  C’est à partir des années 90 que les parents zaïrois, soucieux de l’éducation de leurs enfants, ont convenu de contribuer mensuellement à verser une prime pour les enseignants afin de les encourager à assurer l’enseignement des enfants. Depuis cette période, la faiblesse de l’État fait que ladite prime est devenue institutionnalisée. Les parents congolais restent, malgré leurs conditions de vie jamais améliorées depuis Mobutu jusqu’au régime actuel (Joseph Kabila) en passant par celui de Laurent Kabila, les seuls patrons des enseignants, alors que de l’autre côté ils sont confrontés à l’absence de salaire. Les gardes-parcs ainsi que l’ensemble du personnel de l’ICCN sont compris dans cette catégorie. Ils sont en même temps fonctionnaires de l’État et parents.
7  Seul Kabila le père avait déjà commencé par l’armée en payant à chaque militaire une solde de 100 $ US avec des dotations. Malheureusement, cela ne dura pas longtemps après qu’il soit assassiné le 16 janvier 2001.
8  Selon les différents rapports annuels, on a 468 en 2007, 548 en 2008, 329 en 2009 et 329 en 2010. La faible fréquentation est liée à l’insécurité dans la zone du parc.
9  D’après un cadre du PNKB que nous avons interrogé autour de leur implication dans ce processus, « il n’est pas logique de laisser les populations locales conduire toutes seules ce genre d’activités. Il faut absolument que l’ICCN apporte un appui technique pour que ces activités convergent vers les intérêts qui satisferont toutes les parties prenantes y compris le PNKB ».
10  On attendrait de lui par exemple la prise de décisions ou la mise en place des mécanismes locaux interdisant formellement la fabrication de charbon de bois, la coupe de bambous dans le parc… À Kalonge par exemple, ces activités se font non loin de l’habitation du chef coutumier et qui plus est, sur le tronçon routier qu’il emprunte assez souvent. À Kabare (Bushwira, Mudaka), le commerce du charbon de bois et de bambous issus du parc fait partie des activités économiques de la population et les chefs de groupement sont aussi impliqués dans ce commerce à travers des personnes interposées.
11  Le CCC dans ces conditions porte le nom d’une structure locale appartenant à la population, mais quand on observe et analyse ce qui se passe, on voit que les règles du jeu, les modalités de fonctionnement sont dictées par l’ICCN/PNKB qui donne aussi les moyens financiers pour la « survie » des CCC. Ne serait-on pas devant cette politique de « la main qui donne est la main qui commande ? ».
Haut de page

Réseaux sociaux